CHILLY GONZALES Chambers

11 Oct 2015

 Chilly Gonzales a un nom d'artiste...

 

...à coucher dehors, le physique d'un vrp de lingerie fine pour abbés défroqués, alors qu'il porte, habilement noué autour de son cou, un carré de soie comme tous les dandys dont il se réclame.

 

Une fois passée cette image des plus austères, pour ne pas dire désuète, ce canadien brillant vous ensorcèle si tant est que vous puissiez aimer les personnages hauts en couleurs, au pedigree fantasque et que vous soyez sensible au piano, sinon vous pouvez tranquillement poursuivre votre chemin et ratez l'album d'un grand artiste...

 

Alors évidemment ici, le tryptique basse-batterie-guitare est relégué bien sagement au fond des oubliettes, à l'instar de la voix qui croupit dans les douves, même si une rythmique vrombissante, sournoise à souhait, inconsciente distille de-ci de-là ses propres versets.

 

Bien évidemment vous l'aurez compris, l'influence pop-rock dont se réclame Jason, transpire, suinte de chaque arrangement, de chaque ligne de corde, de chaque doigté pour ne pas dire, de chaque note. Nous dépasserons le discours putassié de savoir si le sieur Beck est véritablement un orfèvre, un brigand ou assurément les deux, puisque malgré tout, malgré lui, mais surtout malgré nous, nous succombons à ses petites mélopées pourtant romantiques, nous qui d'habitude, nous gaussons de pouvoir endurer les pires errances, les pires expérimentations qui terminent de détruire nos cochlées pourtant si délicates.

 

Ici chaque morceau se pare d'oripeaux qui nous décontenancent pour notre plus grand plaisir: tout est fluide, évident, d'une banale simplicité, le quatuor semble jouer à l'unisson avec le piano, même si par moments nous pouvons presque regretter qu'il ne tire toute la couverture à lui, alors que nous aurions préféré que le piano dirige un peu plus et ne marque pas seulement les accords comme il le fait un peu trop souvent, se plaçant ainsi de lui-même en retrait (comme par exemple sur l'intro de Sample this).

 

Malgré cela, et même sans chant, mis à part the Myth, qui s'affiche en parfait contre-pied ( en contrepoint?), à l'hégémonie subtile que dégage cet album, les historiettes de cette fine équipe de renégats, s'inscrit durablement en nous; la faute à ces refrains entêtants qui tournent et tournent durant de longues heures dans notre système limbique, celui spécialement dédié aux émotions, aux joies et plaisirs avilissants que cet album procure.

 

Qui mieux que le poète Fernando Pessoa pour décrire cette résonnance si particulière: «Mon âme est un orchestre caché, je ne me connais que comme symphonie.» Et si nous venions juste de le découvrir, nous aussi ? Et si l'écho de ce "Chambers" ne parlait en fait que de ça ?

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