THOMAS GUNZIG Manuel de survie à l'usage des incapables

15 Sep 2015

Baroque, amerloque, c'est la grande escroque.

 

Gisèle suffoque, elle s'interloque dans ce supermarché sans équivoque, qui pourtant charrie son lot de vioques !

 

Vous l'aurez compris, si vous aimez les ovnis littéraires, si vous aimez la surprise, la grandiloquence, vous êtes cordialement invités au buffet de Thomas Gunzig, juste avant que la rentrée littéraire ne déverse son lot d'inepties, c'est à dire d'écrivains transformés pour l'occasion en bêtes à Goncourt...

 

Comment rendre un bouquin passionnant, déroutant, subjuguant alors que le synopsis doit figurer ( depuis que Gutenberg s'est coincé les doigts dans son imprimerie) dans le top 10 des plus pourris parus à ce jour : « Jean-Jean le héros, vigile de son état, embauché dans un grand supermarché va tout mettre en œuvre pour faire virer Martine dont le plus grand crime est d'avoir fait un bisou sur la joue de Jacques Chirac Oussama (qui n'est autre que son amoureux), et va malencontreusement décéder juste avant que ses quatre fils, Blanc, Noir, Gris, Brun des hommes mi-loups ne décident de la venger ; pendant ce temps la femme de Jean-Jean, une sacrée garce mi-serpent, mi-femme (qui a dit pléonasme?) le trompe avec un des loups (quand elle ne passe pas son temps à l'humilier copieusement) juste avant que la belle Blanche de Castille ne tente de le sauver, lui ce parfait et magnifique loser ! »

 

Normalement chers lecteurs, chères lectrices, vous qui êtes naturellement affublés de neurones en état de marche, c'est le moment où vous zappez, ou vous vous enfuyez vers d'autres sites en pestant que non, plus jamais on ne vous y reprendra à vouloir lire des livres authentiques (uniques?), alors que le dernier Pif-gadget vient de sortir et qu'il déroule comme à son habitude, son lot de vérités infantiles...

 

Ici, c'est bien tout le contraire dont il est question : tout commence notamment par la mise en page, c'est à dire la succession de micro-récits, d'enchaînements d'histoires qui ne se recoupent qu'au fur et à mesure du déroulement de l'intrigue (je vous laisserai donc volontiers disserter sur la valeur du rhème, du thème) et qui brouillent volontairement les pistes (vous jettent instantanément dans des abîmes d'angoisse que nous pouvons résumer ainsi : quel est ce doux bordel ?) juste avant de titiller habilement, majestueusement votre intellect.


L'histoire n'est qu'un prétexte, un subterfuge, qu'emploie l'auteur pour purger le maelstrom qui gronde sous sa capillarité bouclée ( qui n'est pas sans rappeler la toison des caniches de la Wallonie septentrionale). Il nous pousse à lire entre les lignes, nous exhorte à ouvrir les yeux, à guetter la tour de Babel qui sans cesse disparaît, réapparaît au détour d'un mot, d'une phrase, d'une brillante métaphore, d'un trait d'esprit assurément cynique dont la maîtrise nous laisse pantois !

 

Il n'y a pas un livre, mais dix, quinze, et autant d'auteurs, de styles littéraires à la fois qui nous enchantent, nous émeuvent, nous jettent sur la gréve, comme de vulgaires pantins au corps désarticulé ! La maestria de ce livre réside dans l'agencement parfait de ces ces univers aux antipodes des uns des autres (science-fiction, philosophie, sociologie, burlesque, thriller etc...), de ces références illustres (pêle-mêle Boris Vian, Marcel Aymé, Amélie Nothomb, Henry Miller semblent pointer le bout de leurs nez...) qui, il faut bien le reconnaitre, nous donne le tournis.


Mais c'est justement l'allure résolument protéiforme de ce  Manuel de survie à l'usage des incapables qui lui confère une touche contemporaine, résolument actuelle et qui en fait assurément un bouquin parfaitement ancré dans l'air du temps, celui du paysage littéraire de ce troisième millénaire...

 

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