JAMES MORROW Hiroshima n'aura pas lieu

21 Sep 2015

 

Hiroshima n'aura pas lieu...

Bien sûr, nous ne le savons que trop bien, Hiroshima a déjà eu lieu, faisant des milliers de morts et pourtant dans le roman de James Morrow, aux éditions Au Diable Vauvert, l'auteur revient sur ce qui aurait pu se passer si...

Ce principe, de fiction s'appelle une uchronie et se base sur le principe de réécriture d'un événement historique. Vous saisissez ? Non ?

 

Par exemple, que se serait-il passé si Christophe Colomb avait véritablement trouvé les Indes ou que se serait-il passé si Hitler avait écrit un roman à l'eau de rose au lieu de Mein Kampf ? Vous saisissez maintenant ?

Ok, nous sommes d'accord...

 

 

 

 

 

 

 

Hiroshima n'aura pas lieu, certes, mais qu'est-ce qui pourrait l'en empêcher ?

En 1945, la guerre fait rage entre les Etats-Unis et le Japon. Des essais concluants ont lieu dans le désert, ceux de la bombe atomique que l'administration américaine projette d'envoyer sur Hiroshima. Pourtant, consciente des dégâts que cette dernière peut occasionner, l'armée envisage une arme de dissuasion pour le moins farfelue : au cinéma cartonnent les films de monstres et les hauts fonctionnaires décident de créer génétiquement des iguanes géants cracheurs de feu pou terrasser la ville de Shirazuka.

 

Petit problème, les iguanes géants, hypers agressifs, sont shootés aux tranquillisants et ressemblent finalement à de gros Casimir et leur version naine, du gabarit d'un homme, censés détruire une ville maquette de celle évoquée plus haut, sont de véritables peluches. Plus qu'une solution, embaucher Syms Thorley, acteur très en vogue et spécialiste des films de monstres, pour entrer dans une réplique des iguanes nains, pour détruire la fausse ville, et ainsi impressionner la délégation nippone en vue d'un règlement du conflit sans tuerie. il faut suivre...

 

Vous l'avez compris, James Morrow a dû biberonner pas mal de films de série B, allant de King Kong à Godzilla (pas le navet avec Jean Réno, le vieux) en passant par les films de momies ou autres loup-garous. Ce délire, que nous prenons initialement au deuxième, troisième (voir plus si affinités) degré, donne pourtant un bouquin d'une incroyable richesse, tant philosophique qu'humoristique. Au fil des pages, la farce potache , nous projetant dans un univers très kitsch, entre paillettes du showbiz et rigidité militaire, se transforme peu à peu. James Morrow dresse alors un portrait drôle, cynique et satirique de la politique, et nous invite également à réfléchir sur les décisions qui peuvent sauver des vies, si tant est que nos dirigeants prenaient la peine d'avoir des bollocks hors état d'hibernation prolongée.

 

Entre répliques cinglantes, caricatures volontairement grotesques, notre cœur balance, mais c'est véritablement l'esprit pacifiste qui se dégage du bouquin qui nous émeut avec le plus de force, notamment dans les deux derniers chapitres.Nous y découvrons alors des hommes et des femmes terriblement normaux qui, à leur modeste échelle, pensent que leurs actes peuvent changer le monde.

Si ce roman est relativement court, 244 pages, c'est pour obtenirr un effet incisif incurable.

 

James Morrow synthétise parfaitement une pensée militante, pacifiste et rationnelle, qui devrait être exercée aujourd'hui encore dans nos contrées. Terriblement d'actualité, ce bouquin évoque en nous les horreurs qui se perpétuent pas si loin de chez nous et dont tout le monde se fout. L'uchronie, plus qu'un délire de mordu de fiction, reste un vecteur prouvant l'éternel recommencement de l'histoire.

 

Alors, Hiroshima aura-t-elle lieu ou non ?

 

 

 

 

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