LIDIA YUKNAVITCH La mécanique des fluides

22 Sep 2015

 

Nous n'allons pas nous mentir...

 

...cela ne servirait à rien. Mais pour ceux qui nous taxeraient de machiste-sexiste vu le peu d'ouvrages rédigés par la main d'une femme et chroniqué en ces lieux, nous dirons que nous n'y pouvons rien, que nous lisons ce qui nous tombe aussi sous la main.

 

Avouons également que rares sont les femmes qui écrivent avec les couilles sur la table, sans pudeur, et sans avoir rien à envier à leurs collègues dits « du sexe fort ». Lidia Yuknavitch fait partie de ces auteures avec un A majuscule qui (re) mettent tout le monde d'équerre.

 

Son bouquin s'appelle La Mécanique Des Fluides (aux éditions Denoël et d'ailleurs) et n'a absolument rien à voir avec le théorème de Bernoulli (j'me comprends). Lidia Yuknavitch nous narre son histoire, histoire d'une fille abusée par un père tyrannique, élevée par une mère handicapée et dépressive (née avec une jambe de 15 cm plus courte que l'autre), qui s'évade de son enfer domestique grâce à la natation et l'écriture.

 

Elle revient sur sa vie, sur son adolescence tourmentée, entre sexe, dope et alcool, sur sa vie de jeune adulte entre sexe, dope et alcool , sur sa vie d'adulte entre sexe et alcool, sans rien nous cacher de ses états d'âme, sans nous mentir sur qui elle est.

 

Son écriture nous fait mal au bide, nous perturbe autant qu'elle nous subjugue...Incisives, souvent courtes, ses phrases sont aussi intenses qu'un 100 mètres nage libre. Pas de répit, pas de fioritures, juste un jet, tel un plongeon dans les entrailles d'une survivante. Elle érige tout du long de La Mécanique Des Fluides la pensée que l'écriture peut nous sauver, nous sauver de nous même, nous sauver des autres, nous sauver des convenances, nous sauver de l'ordre établi.

Ce bouquin à l'écriture maligne (Lidia Yuknavitch n'entre jamais dans les détails sordides des attentats perpétrés par son bourreau de père mais nous expose de façon crue ses ressentis, nous bouleverse de bout en bout, en s'insinuant dans ce que nos âmes ont de plus sombres et de perturbées.

 

Les mots de Lidia Yuknavitch sont autant de tumeurs qu'elle soigne à coup de lignes noircies au fil du temps, dans lesquelles elle insuffle, même dans les noirceurs abyssales de certaines pages, un espoir indéfectible qui flirte en permanence avec une envie de mort malsaine. Nous percutons alors que sans la mort, la vie ne vaut rien, que rien ne pourrait nous pousser, contre vents et marais, à noircir des pages et des pages de nos vies pourtant bien banales.

 

A force d'écriture, l'auteure réussit à se maintenir à flot et cette leçon reste gravé en nous longtemps après la dernière page tournée.Que dire de plus si ce n'est que ce bouquin est, pour nous, une véritable bouée de sauvetage, autant qu'un formidable coup de cœur assuré et assumé.

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