GRAND BLANC Mémoires vives

8 Feb 2016

Et si Mémoires Vives était un paradoxe, de ceux qui font que tout bon chroniqueur se tire le peu de cheveux qui lui restent sur le crâne ?

Et si Grand Blanc, le groupe qui pond un tel skeud, était tout simplement une putain de révélation ?

 

Allons-y franco, Mémoires Vives a, de prime abord, tout pour déplaire : sonorités synthétiques, avec pas mal de réverb dedans, et chant en français (Grand Blanc étant originaire de Metz) à moitié trafiqué. Et hop, nous pourrions sombrer dans tout ce qui nous fait fuir à grandes enjambés d'ordinaire. Et pourtant, nous ne le faisons pas.

 

C'est là qu'intervient le premier paradoxe car, loin de nous faire fuir, Mémoires Vives nous scotche d'emblée. Ce premier album est sacrément prometteur! Certes les sonorités sont métalliques et paraissent déshumanisées mais ne sommes pas pour autant dans les affreuses années 80 (grâce notamment à une production super léchée).

Les guitares sont bien présentes et la basse groove quand il faut en s’appuyant sur des rythmiques impeccables et implacables. Même s'il s'agit du fruit de machines, le rendu sonne rock, très rock, et nous faisons rapidement abstraction de ces sonorités pour nous concentrer sur l'urgence des titres.

 

Deuxième paradoxe : si la voix de Camille, la seule fille du groupe, inspire une certaine innocence naïve, celle de Benoît en est le parfait contrepoint. Grave, désabusée, blasée de temps en temps, elle nous ramène parfois violemment à la réalité. Leurs lignes de chant, que nous craignions simplistes révèlent rapidement toutes leurs nuances.

Toujours justement placées, elles humanisent les compositions en y apportant des couleurs, parfois juvéniles, d'autres fois cyniques ou désespérées (où pointe néanmoins un espoir fou).

 

Troisième paradoxe : les paroles. Des titres comme Surprise Party, Verticool, Summer Summer laissent planer un doute quant à la profondeur des propos. Et une nouvelle fois, nous nous plantons !

S'ils rappellent les merveilleuses années adolescentes, la noirceur (et l'urgence, une nouvelle fois) nous prend à contre pied. Par exemple, avec ce refrain que tout psy ne manquerait pas de commenter ("Surprise, party ! Un jour on rallume et tout le monde est parti"), Grand Blanc annonce la couleur et dit bye bye à l'enfance, bienvenue dans l'âge adulte.

Appuyés par une musique au diapason, arrangée aux petits oignons, apportant une gravité subtile, les textes révèlent leur richesse et rendent l'album obsédant. Nous cherchons dès lors à décrypter chaque texte, chaque métaphore, afin de laisser la poésie des morceaux nous imprégner de fond en comble.

 

Riche, addictif, complexe, cérébrale, Mémoires Vives se mérite. Une seule écoute ne suffit pas, il faut s'imprégner pleinement de sa personnalité pour en ressortir totalement conquis. Ce groupe est tout simplement une très bonne nouvelle et une sacrée promesse dans l'univers musical français.

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