DAVID LIPSKY Sur la route avec David Foster Wallace

18 Feb 2016

 

David Foster Wallace, écrivain au style inimitable, qui dynamita la littérature américaine. Alors, qui mieux que nous, pour dévorer  l'Intégrale et  vous faire découvrir huit ouvrages à ne manquer sous aucun prétexte. Du roman au recueil de nouvelles, en passant par des essais philosophiques.

Oui, vous saurez tout, sur DFW, le vrai, le faux, le laid, le beau…

 

 

1996.

Infinite Jest vient de sortir aux USA, David Foster Wallace entame sa tournée promotionnelle à travers les Usa, et pour clore ces 5 dernières journées, embarque dans ses valises le journaliste-écrivain du magazine Rolling Stone, David Lipsky. Qui peut en effet, être mieux placé pour parler d’un écrivain, qu’un autre écrivain ?

 

 

 

 

Sur fond d’interview alambiquée, c’est à un road trip entre mecs qui se racontent, qui se la racontent aussi, que nous sommes joyeusement conviés.

 

Mais ne nous y trompons pas, même si ça rote, que ça chique, que ça crache forcément partout, que ça clope encore plus et que ça parle un peu de baise, ça parle surtout de culture avec un grand C, de littérature américaine, un peu beaucoup passionnément, de la vie de DFW, de son parcours initiatique, du succès qui l’attend, de chiens un peu trop, de cinéma, de télévision aussi, mais surtout, surtout de génie. D’inconscience.

 

Et de l’inconscience il en faut.

Vous naviguez dans la tête de DFW, au milieu de détritus de tous genres. Vous vous en prenez plein la tronche, vous râlez, vous perdez vos mots, vos neurones se déconnectent par moments, sans même vous avertir, vous pensez que jamais vous n’arriverez au bout de ces cinq cent pages, vous vous accrochez aux indices que vous pouvez glaner, au fil des pages, puisque cette lecture, cette écriture ne ressemble en rien à ce que vous pouvez connaître. Comprendre.

 

Ca parle, ça parle, ça coupe, ça s’arrête, ça interjecte beaucoup, ça épuise, ça pulse, ça fuse, ça interrompt, ça rembobine, ça relance, ça digresse, ça brille, ça déconne, ça captive, ça ne vous lâche pas. Aussi bizarrement que cela puisse paraître, au milieu de cette diarrhée verbale, DFW nous émeut, nous crucifie, nous transporte, nous décape le cervelet, tandis qu’au travers de ses tranches de vie, épiques, addictives et chaotiques, il (re)définit ce qu’il est. Son art.

 

Pourtant, au milieu de cet imbroglio wallacien, se cachent de grands moments que seul DFW peut mentionner ouvertement dans un grand éclat de rire, que nous imaginons sempiternel : sa passion dévorante pour Alanis Morissette, le film Braveheart, juste pour le plaisir d’entendre son nom prononcé haut et fort dans la salle de cinéma (NDLR : le héros s’appelle Wallace et lui rappelle ses lointaines origines), ou lorsque pour son dernier livre, les relectures successives le poussent à couper des passages jugés trop longs, c’est à dire juste quelques trois cents pages, avant une nouvelle purge d’environ deux cent pages…

 

Mais derrière ces quelques drôleries, ces idées aussi brillantes soient-elles, il y a cette écriture, cette vie qui tourne à la folie, à l’obsession, la panique. Il y a cette angoisse permanente de se croire intelligemment supérieur, arrogant ou prétentieux, de se faire descendre par une critique superfétatoire, de s’auto-flageller jusqu’à la perdition, il y a cette quête perpétuelle de légitimité, imbécile et inutile, ce désir vital, cette nécessité ubuesque d’avancer avec ses deux putain de clébards. Seul.

 

Et alors que nous refermons ce livre, la photo de la couverture accroche plus que jamais, notre regard. DFW est là, il sourit, il nous sourit, nimbé dans cette éternité qui l’effrayait tant, et tandis que nous reprenons nos esprits, nous nous raccrochons à cette idée grotesque.

 

David Foster Wallace avait l’habitude de dire que lorsqu’il écrivait, il mettait son crâne à nu, s’imaginait-il seulement un instant, que c’est précisément ce que nous avons ressenti en le parcourant ? L’ouvre-boîte en moins ?

 

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