COLIN BARRETT Jeunes loups

8 Mar 2016

Jeunes loups.

Affamés de vie, avides de sensations, engoncés dans une existence terne, attirés par la meute mais sans cesse à la marge.

Ils déambulent  dans des lieux ternes, sans brillance.

Fidèles, les liens d'amitiés, d'amour, sont leur respiration.

C'est sans espoir, la fin est connue d'avance.

 

Recueil de nouvelles de l'irlandais Colin Barrett, Jeunes Loups, aux éditions Rivages, s'instille en nous, vénéneux comme un poison. Chaque nouvelle nous plonge dans un univers glauque, sans issue, où la solitude des sentiments n'a d'égale que celle des relations humaines, pauvres et malsaines. Cette solitude ronge tous les protagoniste, de la première à la dernière page.

Poésie urbaine, ou suburbaine, l'ennuie, le manque de perspectives, les relations d'amitié néfastes se révèlent en art de vivre.

 

Mélancolique sans être noire, désabusée sans être totalement désespérée, la plume de Barrett dépeint une série de portraits aussi attachants que repoussants. Il n'y a ni personnage tout blanc, ni personnage tout noir. En fait, tout est gris, semblable à un ciel de traîne irlandais, bouché, laissant pressentir le pire lorsque les nuages vont se déchirer.

 

Dans ces sept nouvelles flotte un parfum d'inexorabilité, les dès étant jetés depuis longtemps, pipés par une généalogie décatie. Les rêves sont ravalés comme une fierté mal placée, survivre remplace vivre, morts vivants en sursis incapable de s'extirper d'une meute oppressante et du poids du passé.

 

Nous avons l'impression de traîner, tout au long de ces pages, nos carcasses recouvertent de vêtements détrempés. L'humidité nous rend malade, le froid nous fait trembler, nous hurlons à la lune pour qu'une happy end vienne éclairer ce décor obscur.

 

Mais rien à faire, les fins heureuses, Colin Barrett ne connaît pas.

 

La seule lumière provient de son écriture, racée, épurée, lancinante, hypnotique, charmeuse. Chaque mot a son importance, est à sa place, colle à la perfection au propos. Pour cela, nous y retournons vaille que vaille, comme dans un combat œil pour œil, dent pour dent.

 

Ce recueil nous laisse dans un état second, proche du recueillement, comme si à la dernière page tournée, nous enterrions un proche, comme s'il s'agissait là d'une vie avortée.


Étrange sensation mais pari réussi : ce tableau d'une vie irlandaise empreinte de lassitude, de renoncement est plus criant de vérité qu'un film de Ken Loach.

 

Les jeunes loups, finalement, sont une cible à abattre. Les lecteurs intrépides que nous sommes également. Barrett a donc visé juste, en plein cœur.

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