DAVID FOSTER WALLACE Je te hais

14 May 2016

 

 

En attaquant cette Rétrospective, cher David, nous savions que nous allions ramasser nos dents, ta réputation d’ovni au look improbable t’avait précédée, avait traversé les océans ou frontières, même celles étriquées, indignes de la littérature, toutes catégories confondues. Nous cherchions, tu vas rire, un défi à relever, nous cherchions, mon fidèle acolyte et moi-même, un nouveau Graal à pourfendre, un nouveau souffle ou plutôt nous voulions une autre respiration à nos propres existences. Littéraires.

 

Faire ta Rétrospective, oui tu permettras que nous te tutoyions, puisque nous nous sommes juste fadés en trois mois à peine, toute ton œuvre, que te tutoyer est plutôt bon pour notre ego, notre moral aussi, puisque nous l’avouons, nous sommes nous aussi, un peu  ton image : fragiles, circonspects, emplis de doutes que cette putain de vie, tu sais ce que c'est, se charge d’entretenir.

 

Naïvement nous pensions, mais alors très naïvement, nous ne sommes plus qu’à quelques encablures de l’idiotie consanguine du village, nous pensions nous enrichir, nous nourrir de tes maux, phagocyter tels des crevards, tout ce que tu as accompli dans un espace-temps qui donne le tournis, et qui pour des raisons qui t’appartiennent, restera à jamais unique.

 

Ce que nous n’avions absolument pas anticipé, c’est à quel point tu allais bouleversé nos petites habitudes de lecture, « d’écrivaillons », que tu allais tout simplement nous mettre un bordel qui dépasse l’entendement. C’est à peine d’ailleurs si nous comprenons ce qui nous arrive.

Nous avons l’impression imbécile de ne rien savoir, de n’avoir jamais rien su, d'être détruits, cassés, ou paradoxalement vierges d’entamer, une mue dont nous mesurons à peine, la portée insolente.

 

Pour faire clair, depuis que nous t’avons lu David (avec avidité, parfois avec difficulté, souvent avec admiration), en tentant de ne pas tomber dans une béatitude de pucelle avariée, Tout, mais alors absolument tout, nous paraît sans saveur.

 

Les autres bouquins sont insipides, le style de leurs auteurs nous paraît merdique, et le pire c’est que tu as contaminé toute notre approche de l’art : même la musique que nous portons d’ordinaire aux nues, nous emmerde, surtout lorsque ces abrutis de musiciens se contentent année après année, de répéter une recette musicale éculée...

 

Mais le pire ou le mieux à venir, dans toute cette histoire, c’est que si nous sommes devenus encore plus critiques envers les autres, nous avons inconsciemment, remonté nos propres exigences de dix barres au moins, ce qui fait que nous n’arrivons plus à aligner deux mots, trois phrases, quatre idées intelligibles sur le papier.

 

Un peu comme si, du fin fond de ton linceul, tu nous avais envoutés ? Guidés ? Arrête de te marrer...

 

Nous qui nous faisons chier depuis des années, à tenter d’assimiler ces putain de codes littéraires, nous venons d'accepter enfin l'idée, que nous pouvions peut-être, nous aussi nous en affranchir, sans nous cacher derrière une pudeur sclérosante, une humilité imbécile.

 

Et c’est peut-être bien cette idée qui souffle sur toute ton œuvre, cette liberté.

Ta liberté, David.

 

 

 

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