LET'S EAT GRANDMA I, gemini

22 Jun 2016

Comment vais-je bien pouvoir chroniquer ce disque ?

Voilà une des questions que se pose régulièrement un certain nombre de chroniqueurs. C'est exactement cette fameuse question que nous nous posons actuellement, au moment même où notre plume hésite à frôler la feuille blanche posée devant nous et qui nous nargue ostensiblement.

Cette question peut se poser en deux occasions, tellement différentes et pourtant si proches finalement.

La première des deux occasions survient généralement lorsqu'un disque, arrivé on ne sait comment sur le bureau, puis ayant migré, on ne sait toujours pas comment, dans la platine, nous parvient. Dès les premières mesures du premier morceau, dans la plupart des cas, le chroniqueur lambda va se dire qu'il est dans de beaux draps, et il aura raison car il nous arrive de ressentir la même chose, plus souvent que nous le voudrions.

S'applique dès lors deux lignes de conduite. La première est que le chroniqueur s'en  moque royalement et qu'il envoie, méthode frisbee de rigueur, la galette dans la poubelle placée non loin du bureau.


La seconde ligne de conduite peut se décrire comme telle. Le chroniqueur, petit animal sensible, décide d'essayer de tirer ne serait-ce qu'un point positif du disque et l'étire, l'étire, l'étire encore et encore et encore pour réussir à écrire ne serait-ce qu'une quinzaine de lignes. Il fait cela dans un seul but : recevoir encore et toujours sa dose de nouveauté, et, accessoirement, prouver qu'il est poli.

Dans notre cas, c'est direct à la poubelle ou « égarage » pas très involontaire du fichier numérique dans les limbes du répertoire Windows ou Mac. En effet, nos partenaires nous connaissent et savent que si nous chroniquons un disque, c'est qu'il nous plaît et/ou qu'il nous paraît prometteur. Ils ne nous en tiennent dès lors pas rigueur.

Mais il existe l'autre cas de figure, dont voici la principale caractéristique : le chroniqueur tombe sur une œuvre inattendue et se trouve pris au dépourvu.

 

Les mots soudain lui manquent pour évoquer à quel point le groupe ou artiste l'a touché en plein mille, dans cette zone un peu secrète où, il faut bien l'admettre, la sensibilité exacerbée dudit chroniqueur tente d'être maîtrisée sous peine de frissons d'extase et de larmes de bonheur. Comme nous sommes pudiques, cette zone, nous la gardons pour nous comme un précieux cadeau.

Oui mais voilà,
Let's Eat Grandma, et son album I, Gemini, vient détruire notre mur d'enceinte en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Cet album nous laisse dans un état de dépendance dès la dernière note estompée, et nous nous retrouvons fébriles et désemparés, et nous nous interrogeons sur le pourquoi et le comment deux jeune fille de 17 ans peuvent pondre une telle beauté, comment ont-elles pu toucher notre zone sensible aussi facilement ?

Alors, en chroniqueurs avisés que nous sommes, nous serions tentés d'en parler en long, large et travers mais l’œuvre est tellement unique (même si nous pouvons y associer des noms tels
Sigur Ros, Bjork ou Cocorosie, plus quelques autres) que nous ne voulons pas y mettre des termes déjà utilisés dans nos derniers coups de cœur en date (du genre le dernier Radiohead ou bien Seratones, par exemple).

Oui, c'est vrai, nous revenons souvent sur nos pas, utilisons parfois les mêmes champs lexicaux, et, pour ne pas dénaturer ce
I, Gemini, nous préférons en dire peu mais en dire bien : cet album est lumineux même si nous sentons poindre une part d'ombre (tout n'est pas rose dans le monde merveilleux de l'adolescence) sous des orchestrations élégantes, variées et primesautières.

Nous n'ajouterons ensuite que cela : les voix, juvéniles, se noient l'une dans l'autre puis ressurgissent, limpides, pour nous achever.

Enfin, nous dirons que nous n'avons qu'une seule envie, nous laisser porter sans tenter d'analyser une telle musique, car celle-ci nous touche aussi profondément que les œuvres majeures, qu'elles soient personnelles ou reconnues par nos paires, ayant jalonnée nos vies et qui font que nous aimons autant la musique.

Bien entendu, cela ne répond nullement à la question comment allons-nous pouvoir chroniquer ça ? Mais vous l'avez aisément compris que cela n'a pas d'importance.

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