DAVID BOWIE Blackstar

19 Jan 2016

 

David Bowie est mort. Nous ne vous apprenons rien. Les hommages ont plu en cascade, depuis partout dans le monde, pour saluer cet artiste, il faut le dire, hors du commun. Nous n'allons pas lui rendre un hommage dithyrambique, comme tant d'autre peuvent ou ont pu le faire durant la semaine écoulée.

Parce que comme tout le monde, comme tout mordu de musique, nous connaissions tout ou partie de l’œuvre de Bowie et que nous l’aimions un peu, beaucoup, à la folie, passionnément, et parfois même, pas du tout.

 

C'est vrai, sortir un album qui s'appelle Blackstar (étoile noire pour les non-anglophiles) quelques semaines après la sortie du tome 7 de Star wars, on a connu mieux comme plan marketing.

Quand nous y regardons de plus près, cette sortie remonte au 8 janvier, soit 69 ans après la venu au monde de David Jones, deux jour avant son décès, comme si cet album avait une importance vitale pour son auteur, comme s'il s'agissait de son chant du cygne. Il en avait de l'importance car sinon à quoi bon combattre ce putain de cancer ? Pourquoi s'épuiser en des clips prenants, dérangeants, percutants?

 

Juste pour survivre, juste pour exister, juste pour, une dernière fois, faire rêver.

 

Bref, ce héro aux milles visages, tel un Ulysse aux milles ruses de la mythologie, savait tenter le diable, aller là où nul ne l'y attendait. Dans le cas de Blackstar, nous pouvons affirmer que M Bowie nous épate. Pas d’esbroufe, cet album est déroutant, étonnant, détonnant, et ce dès le premier morceau qui donne son nom à l'album. 

 

Blackstar donne la tonalité de ce disque incroyablement riche : entre chants rituels, chants sacrés ou profanes, envolées jazzy, rythmes syncopés, rien n'est fait pour caresser l'auditeur dans le sens du poil. Nous y retrouvons pêle-mêle flûtes, saxo acid jazz, batteries épileptiques et chant habité, étrangement inarticulé.

Les sonorités sont chaudes mais paradoxalement un frisson glacial remonte le long de notre échine. Nous ne savons déterminer avec exactitude pourquoi, c'est juste un courant sous cutané, traversant notre épiderme, qui nous hante, comme si un mauvais pressentiment ou un message subliminal transpirait de ce titre (et des suivants).

 

C'est un peu comme si, pour une fois, la dernière, Bowie se jouait de nous avec une musique totalement désincarnée.

 

A peine remis de nos émotions, nous voilà de nouveau plongés en plein paradoxe : jamais la musique de cet artiste protéiforme n'a semblée si sensuelle, charnelle, envoûtante. Lazarus en est un parfait exemple avec sa ligne de basse groovy, toute en douceur, légèrement drapée de saxo et à la voix de velours capable de faire fondre un iceberg.

Le disque, fortement emprunt de free jazz, s'écoute d'une traite et nous glisse dans un univers particulier, flottant entre deux monde, l'un réel, fait de fatigue, de souffrances, et l'autre plus onirique, aux contours volontairement flous.

Bowie savait sa fin proche et pourtant il nous livre un album fort, humble, riche, puissant et nous montre que ce jeune homme avait encore et toujours le feu sacré. Tout n'est pas bon, loin de là, en particulier ce dernier titre I can't give anything away, plus... classique dirons-nous, qui nous montre que derrière la légende il y avait un homme, faillible.

 

Tout cela ne le rend que plus humain.

 

Cette chronique est un vrai cauchemar éveillé, un calvaire, une épreuve car envers et contre tout, malgré des titres à chier durant les années 80, malgré une cohérence artistique qui parfois nous échappait, Bowie était un Grand.

Nous ne pouvions passer outre la chronique de ce dernier album mais la faire, c'est nous rappeler tout ce qui nous a toujours plu chez cet homme tout sauf prétentieux. Notre affecte ne nous permet pas d'être si détaché que cela et peut-être qu'avec le temps cet ultime album nous apparaîtra fade et sans intérêt. Qu'importe ?

 

Car, paraît-il, lorsqu'une étoile s'éteint, son image reste visible des dizaines d'années après son extinction. Celle de David Bowie n'a donc pas fini d'étinceler.

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