OTERO Le roman de Boddah "comment j'ai tué Kurt Cobain"

6 Jan 2016

 Comme une balle dans la tête. Elle explose tout, calotte crânienne, cervelle répandue partout autour du corps sans vie, fragments de comètes d'une étoile chauffée à blanc. Un seul témoin de la scène, de tout ce qui s'est produit depuis le début, depuis l'enfance d'un être qui n'avait pas demandé à naître et qui, tout au long de sa vie, n'aura cherché qu'une chose, y mettre un terme.

 

Boddah est son nom. Il est la conscience, dans cette BD roman d'Otero, de Kurt Cobain, puisqu'il s'agit bien du héros funèbre du grunge dont il s'agit. Conscience ou ami imaginaire ? Entité quasi divine ou karma ? Pas de réponse claire, juste une présence fantomatique jalonnant la vie du leader de Nirvana. Nirvana, Karma, Boddah... C'est lui, Boddah, qui relate l'histoire de celui qui brilla pendant trois années, de 1991 et l'album Nevermind, à 1994 et ses ultimes représentations télévisée sur Canal+ et MTV pour le fameux Unplugged.

 

La gloire comme un shoot d'héroïne, malsain, dévastateur, sans retour. Le mal-être et l'amour passion, comme des poisons plus forts que la dope, ne faisant qu'attiser les effets néfastes du star système. Et il y a la musique. La musique salvatrice, du moins pendant un temps, longtemps, jusqu'à l’avènement de son groupe, jusqu'à ce qu'elle ne parvienne plus à panser les plaies de l'âme du porte parole involontaire d'une génération perdue.

 

La musique, exutoire à des faiblesses qu'il n'arrivera jamais à combler, à ce cancer que sont les questions existentielles qui tournent en rond dans sa caboche de défoncé comme Smell Like Teen Spirit pollua les ondes fm au début des années 90. La folie aussi, l'incapacité à se sentir heureux alors qu'il devrait l'être et cette culpabilité qui revient sans cesse, comme la marée : pourquoi ne suis-je pas heureux, j'ai tout pour l'être : femme, enfant, succès...

 

Tout cela est absorbé par l'encre d'Otero dans le Roman De Boddah, Comment J'ai Tué Kurt Cobain. Son trait de crayon nous emporte comme la poisse dans un univers sordide où aucune lumière ne peut entrer. Même les instants joyeux, même les sentiments purs sont entachés par la nauséabonde attirance de Cobain pour l'auto-destruction.

 

Et Boddah dans tout ça ? Qui est-il ? Que veut-il ? Rien, c'est uniquement le témoin de la vie de Cobain, témoin omniprésent. C'est Kurt qui se regarde de l'extérieur, c'est la voix de la raison qui ne raisonne que du vide des pensées sous substances de son hôte. Boddah n'est pas omnipotent, il n'est pas là pour stopper Cobain dans ses pulsions destructrices, tout comme il est absent à l'inciter à ne plus consommer la mort en intraveineuse. Il est celui qui voit mais qui ne dit rien, celui qui accompagne en pointant les errances, il est le fantôme de l'innocence perdue, l’absence de repères.

 

La Bd d'Otero nous laisse un goût de métal huilé dans la bouche, comme si le canon de l'arme de Cobain était coincé entre nos dents, sur le point de cramer notre cervelle. Ca sera d'ailleurs le mot de la fin : «  mieux vaut brûler franchement que s'éteindre à petit feu », épitaphe inspiré pat Neil Young que le leader de Nirvana aura finalement pris au pied de la lettre.

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