MICHKA ASSAYAS Un autre monde

9 Jan 2016

 

 

A quelques exceptions littéraires près, ce livre de Michka Assayas, est tout simplement celui que nous aurions pu nous aussi écrire, nous les petits...

 

... scribouillards du world wide web, puisque nous avons les mêmes préoccupations de père ou presque, que nous poursuivons la même quête musicale ou presque, depuis que les Sparks un jour de juillet 74 nous ont flingué les écoutilles : This town aint big enough for both of us…Définitivement !

 

Ce livre se boit d’une seule traite, d’autant que l’auteur n’est pas vraiment un inconnu, qu’il trône fièrement sur nos étagères.

Enfin son dictionnaire du rock plutôt, celui qui nous sert de référence, lorsque nous voulons briller en société et qu’il se mue en délicieux pictionnary, lorsque les verres de houblons commencent à se vider religieusement, que la houle s’accentue.

 

 

 

 

Ici c’est un peu le même esprit qui anime ce bouquin, sous couvert d’être foncièrement dépassé par son adolescent de fils, d’ailleurs nous nous demandons volontiers, qui n’est pas d’ailleurs largué par ces monstres, Michka Assayas va réaliser un de ses vieux rêves  : devenir musicien de rock, lui dont le métier est de critiquer la musique des autres, de la disséquer pour mieux la ranger dans les petits tiroirs de sa mémoire qui ne se referment jamais, entre obsession maladive et quête vénéneuse.

 

L’auteur se livre sans fard, ne cache rien de ses capacités instrumentales proches du néant, qui le conduisent naturellement vers un genre musical calibré qui lui permette de s’exprimer  pleinement: la musique punk, l’originel, pas le punk californien frelaté, avec en bandoulière, le fameux «  DIY». Le passage sur son incapacité à battre la mesure, même avec le pied est assurément notre préféré, surtout lorsque la batterie est tenue par son fils, et que nous nous imaginons dans la même situation. Critique.

 

D’ailleurs, c’est un des points forts de ce livre. La touchante naïveté des propos rapportés, la pudeur dont le père fait preuve à l’égard de son fils, est désarmante. Alors que nos pères auraient violemment baffé cet adolescent égaré, lui choisit de monter un groupe de rock improbable, pour tenter de créer du lien. Même si l’idée est intéressante sur le papier, il ne sait pas encore, qu’il vient surtout d’exploser la boite de pandore, à grands coups de doc marteens, libérant ainsi ses propres démons.

 

A cet instant, il apparaît pourtant de manière évidente, que les rôles viennent de s’inverser, que l’auteur a douze ans et demi d’âge mental et qu’il gravit son propre rock’n roll hall of fame, à la seule force de ses rêves, d’un logiciel d’ordinateur, d’une guitare bon marché et d’une sacré paires de bollocks… Pour un peu, il nous rappellerait notre propre excitation lorsque nous allions nous aussi, en d’autres temps révolutionner, le soir venu, le monde du rock, à grands coups de répétition hargneuses, passionnées et de décibels putassières.

 

Cahin-caha, Michka Assayas s’affranchit. A force d’une ténacité imbécile, mais terriblement contagieuse, efficace, il réussit à franchir tous les jalons qui font qu’un musicien de rock est unique ; les répètes bancales, les maquettes pourries, les compositions mal calées, les suites d’accord approximatives, les départs, les arrivées de musiciens, les anecdotes on stage, les amis polis, les plans pourris. Ou pas.

 

Il nous rappelle aussi et surtout, que la musique, est avant tout une histoire de rencontres, qu’un groupe est une entité fragile, qui tangue bien souvent sous les coups de buttoir des uns des autres, que l’édifice musical ne tient souvent qu’à une amitié d’enfance, une fratrie, une relation de sang solide, bien plus qu’à un assemblage de notes, aussi majestueux soit-il.

 

Et puis comme dans la vraie vie, l’enfant Michka, maintenant qu’il est devenu un musicien confirmé, bascule l’espace d’un contretemps, du côté obscur de la force, pour achever sa mue. En effet, rien ne le prédispose à devoir accompagner la dépouille d’un de ses meilleurs amis en égrenant ces accords élégiaques, en chantant ces paroles qui pour la première fois, entre le parterre de convives et ce groupe atypique, résonnent à l’unisson.

 

A bien y réfléchir, peut-être est-ce aussi cela, le Saint Graal de tout musicien, de pouvoir communier habilement, crânement, en créant cet espace-temps qui au final n’appartient qu’à lui, qu’à nous...

 

Qu’il soit rocker, punk, père ou pas !

 

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