JOYCE CAROL OATES Sacrifice

10 Nov 2016

 

Joyce Carol Oates fait partie de ces auteurs régulièrement pressentis pour décrocher le prix Nobel de littérature. Sa bibliographie, en terme de volume, en ferait pâlir plus d'un. Mais s'il ne s'agissait que de quantité, cela ne nous intéresserait que moyennement. Nous parlons bien là de qualité. L’œuvre de Joyce Carol Oates, en ce sens, est impressionnante.


Du coup, quand
Bob Dylan obtient le titre, certains n'en croient pas leurs oreilles, leurs yeux, leur amour propre, ce qui peut paraître justifié. Surtout lorsque le dernier roman de Oates, paru aux éditions Philippe Rey, est une petite merveille.


Sacrifice nous raconte l'histoire survenue à Sybilla Frye, jeune fille noire de tout juste quinze ans, retrouvée ligotée, couverte d'excréments de chiens, le visage et le corps tuméfiés. Une voisine, alertée par des cris étouffés, la découvre dans la cave d'un immeuble désaffecté du quartier de Red Rock, ville de Pascayne. Sur la poitrine de l'adolescente est inscrit « Pute nègre, Ku Klux Klan ». Lors de son hospitalisation, elle parvient à écrire que les responsables de ces actes sont 5 ou 6, dont au moins un flic.


Après les émeutes survenues aux états-unis au cours des derniers mois, souvent pour des bavures commises à l'encontre de noirs,
Joyce Carol Oates s'inspire d'un fait divers pour nous expliquer comment une étincelle peut produire un véritable feu de forêt.


Pourtant, l'auteure ne fait pas dans l'empathie avec ce roman. Elle décrit froidement les engrenages menant à la révolte. Son écriture, faite de répétitions, de circonvolutions, appuie le côté inéluctable de ce qui va se produire, appuyant son propos par des faits sociétaux historiques, ce qui crédibilise fortement son propos.

Son regard est acerbe. Elle nous montre que tout vient des racines du mal, racines ayant conduit les uns à se frotter aux autres. Elle ne prend jamais partie pour un clan (celui des flics, celui des noirs), elle se contente, d'une manière quasi journalistique, de montrer les éléments des vies en jeu.


Ici, tout n'est que détails, ressentis, préjugés. Rien ne tient et pourtant tout s'imbrique à merveille. La tension monte au fil des pages, nous sommes soumis à la manipulation des personnages secondaires. Ceux-ci, pour le bien d'une communauté ou leur propre ego, exhortent au mensonge.


Cette tension est d'ailleurs insupportable, car inexorable, reposant sur des fondements de haine, pas injustifiés, mais qui auraient pu être terrassés depuis longtemps si la bêtise des hommes n'était pas la bêtise des hommes.


Au final,
Sacrifice se révèle être passionnant. Il nous rappelle que nous devons réfléchir à nos actes et à leurs conséquences. Superbement écrit, passionnant, terrible également car nous y voyons une certaine forme de fatalisme.


Sacrifice s'imprègne en nous comme une mauvaise fièvre.


Nul doute que
Joyce Carol Oates aurait mérité le Nobel. Nul doute qu'elle l'obtiendra un jour...

 

 

 

Note : un recueil de nouvelles de Oates, Dahlia Noir Et Rose Blanche est également paru aux éditions Phillipe Rey en octobre.

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