SEAN MICHAELS Corps conducteurs

1 Feb 2016

 Lev Sergueïevitch Termen est le nom du héros du roman de Sean Michaels, Corps Conducteurs (aux éditions Rivages). Son nom ne vous dit probablement rien.  Ce roman retrace, d'une manière fantasmée, la vie de cet ingénieur russe ayant connu la gloire et son exact opposé.

 

Mais quel intérêt, nous direz-vous, d'écrire un bouquin sur un scientifique russe ayant brillé durant la moitié du XXéme siècle, d'un peu après la révolution de 1917 jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale ? Tout simplement parce que ce type a eu une vie hors du commun. 


Dans l'ordre, il fut physicien, ingénieur, inventeur du thérémine, cet étrange instrument de musique produisant des notes par ruptures de champs magnétiques. Suite à cette invention, il est envoyé aux États-Unis où il devient, contre son gré, espion pour l'URSS. Un meurtre, la ruine et le voilà embarqué de force sur le Stary Bolchevique, direction mère patrie sans escale vers le goulag, pour trahison. Si les faits sont réels, l'histoire, elle, est fictive et est à proprement haletante !

 

Il y a tout dans ce roman : les années folles à New York, entre fêtes, danse et alcool (même si l'histoire se déroule au temps de la prohibition), la romance avec Clara, les désillusions amoureuses, l'enfer du goulag, rien n'est oublié.

 

Si l'histoire se déroule en grande partie dans le navire qui le ramène en URSS, commence dans la douceur en évoquant les souvenirs du jeune adulte qu'est Termen, son amour naissant pour Clara, l'écriture mue dans un flot hypnotique. Très douce, elle nous berce imperceptiblement pour se révéler dure comme de l'acier.

 

Pendant les années heureuse, la plume virevolte, insouciante, et nous entraîne dans une vie pleine de petits rien qui la rendent légère. Quand Termen percute et qu'il se rend compte que tout ne tourne pas si rond que cela autour de lui, l'écriture de Sean Michaels se fait plus schizophrène, interrogative, paranoïaque.

 

Quand enfin l'ingénieur découvre l'enfer des geôles Russes et celui, bien pire, des goulags, l'écriture devient désespérée, terne à l'extrême, résignée. Elle devient comme la vie de son héros, sans relief, sans envie, et colle parfaitement à ses émotions. Bien qu'elle reste douce, elle devient plus nerveuse et c'est là une des prouesses de l'auteur : dans un écrin de velours, la brutalité des camps prend une tournure dérangeante, oppressante : nous vivons dès lors les événements qui s'y déroulent comme si nous y étions.

 

Ce qui nous fascine tant dans ce bouquin, c'est l'énorme talent de Sean Michaels. Son écriture caméléon colle à merveille aux sentiments de son héros, nous laisse un poids sur l'estomac, instille un poison insidieux ou nous transporte dans un romantisme exacerbé sans que nous puissions y résister.

 

La vie de Termen, improbable bien que réelle, constitue un formidable point de départ à ce roman dont on se dit, au final, qu'il est un grand livre dont l'humanisme transparaît à chaque page.

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