L'EFFONDRAS Les flavescences

24 Apr 2017

Quand nous entendons le terme post-rock, irrémédiablement nous pensons aux fiers écossais de Mogwai. S'ils font offices de figure de proue de ce genre musical très largement instrumentale, d'autres groupes, plus ou moins célèbres, peuvent se ranger sous cette étiquette. Dans le cas présent, nous allons vous parler de L'Effondras et de leur album, le deuxième, portant le nom de « Les flavescences ».

Hem... Le groupe nous perd d'entrée de jeu, que ça soit par son nom que par celui de son album. Flavescence en effet ne possède pas de définition dans le
Larousse. La plus approchant serait celle de flavescent (e) qui signifie blond doré. Pourtant, si nous allons par là, à la lueur de la première écoute, l'album ne dégage pas cette couleur, mais lorgne plus vers celle de la cendre.

Ici, en effet, nous avons l'impression d'un monde ravagé par un incendie tant la musique du trio est incandescente, brûlante, ardente. Totalement instrumentale, exception faite de piaillements d'oiseaux et autres bruits de la nature,
Les Flavescences nous distille un post rock dans la plus pure tradition : guitares à l'électricité à fleur de peau, batterie monolithique, basse roulante et trébuchante. Rien à dire, nous sommes en terrain connu.

Pourtant,
L'Effondras joue dans une autre catégorie que Mogwai, par exemple. Si le combo aime les format long (Le Serpentaire dure 33 minutes, cui cui des zosiaux et autres murmures de la nature compris), il prend le temps d'imposer sa touche. Plus âpre, brut de décoffrage, sa musique faite de boucles n'en est pour autant pas répétitive car à chaque nouvelle boucle se greffe élément nouveau (ce qui évite aux morceaux de sombrer dans la monotonie). En résumé, le groupe ne lasse pas.

Au contraire, la musique des
flavescences séduit. Si les larsens et autres déflagrations sonores sont belles et bien présentes, le trio arrange ses morceaux de façon à créer un univers qui leur est propre, entre tension et accalmie. Comme dans tout post-rock qui se respecte, de fabuleuses poussées orgasmiques se font ressentir sur ce LP. Guitare/batterie et basse poussent dur, et fort, c'est imparable, tellurique. Nous validons.

Nous devons avouer que le morceau qui fait la plus forte impression est
Le Serpentaire. De par sa durée, il s'agit de fait d'un monument. A l'écoute, tout nous fait penser à un serpent qui ramperai devant nous, prêt à nous bondir au visage. Entre inquiétude et impatience, le morceau déroule son thème et nous fait part de trouvailles pour imager son titre. En effet, un jeu de cymbalettes nous évoquent le son strident d'un serpent à sonnette, tapi dans des hautes herbes, prêt à inoculer son venin de par sa morsure.

Par sa structure labyrinthique, le morceau nous évoque également le petit jeu vidéo dont le but consiste à faire en sorte que le reptile ne se bouffe pas lui-même. Cette image correspond parfaitement au morceau. Sans cesse étiré, le thème revient à son point de départ, mais comme il est nourri d'un élément nouveau qui le fait grossir à chaque nouvelle boucle, il risque de se mordre la queue, ce qui n'arrive jamais au demeurant.

C'est  terrifiant, et implacable, et le groupe nous terrasse. Et nous éblouit. Car contrairement à ce que nous aurions pu croire, l'album n'est ni sombre, ni torturé. Il laisse passer ici et là de la lumière, un peu de réconfort dans ce monde de stridence.

Avec
Les Flavescences, L'Effondras fait figure d'ovni dans le paysage musical hexagonal. Il sait nous séduire avec la force de l'électricité, avec son parti pris instrumentale écolo et son imagination. 

 

Et nous ne leur en demandons pas plus.

 

 

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