JAN KJÆRSTAD Le séducteur

25 Apr 2017

 

Y a-t-il un moment en particulier qui a influencé notre personnalité et qui a fait en sorte que nous devenions ainsi ? Ou bien s'agit-il au contraire d'une succession d'événements qui ont défini qui nous sommes ?

Cette question métaphysique est abordée par
Jan Kjærstad dans Le Séducteur, aux excellentes éditions Monsieur Toussaint Louverture. Sommes-nous maîtres de notre destin ou tout se joue-t-il en dehors de notre pouvoir de décision ? Subissons-nous ou choisissons-nous qui nous voulons être ? Vastes questions auxquelles le roman apporte son lot de réponses... ou pas.

Jonas Wergeland est une star du petit écran norvégien. Sa série documentaire Thinking Big, qui tente de démontrer quand et à quelle occasion une célébrité est devenue mondialement reconnue, l'a propulsé de l'anonymat à la célébrité. Pourtant, rien ne prédisposait cet homme à devenir animateur télé. En rentrant d'un repérage pour sa prochaine émission, Jonas découvre le corps sans vie de sa femme, du sang provenant de sa poitrine, étendue sur la peau d'ours du séjour. Qu'est-ce qui a motiver ce crime ? Pourquoi elle et pas lui ?

Ce drame est l'occasion pour
le narrateur, un spectateur connaissant parfaitement Jonas, ou un proche parent, ou un journaliste, ou un biographe (le mystère est maintenu tout au long du roman), de revenir sur tous les aspects de la vie du héros. Enfin, sur les bons moments, car le mal a déjà été dit à droite et à gauche tout au long de la carrière de l'animateur (dixit le narrateur). Bref, celui-ci nous conte la vie extraordinairement riche de Jonas Wergeland, avec force détails sur, par exemple, le pouvoir magique de son pénis, sa réussite insolente, mais également ses drames et demis drames.

Outre une écriture d'une richesse incroyable, tant par le vocabulaire que par les idées narratrices qu'il propose, le roman est bourré d'un humour jouant sur l’exagération, tant des situations que du caractère de son héros. La structure même du roman est un labyrinthe dont toutes les pistes conduisent finalement à l'issue tragique, à savoir la mort de
Margrete. Nous sommes captivés, autant que baladés, par cette intrigue qui a façonné la personnalité de Jonas Wergeland.

Si le personnage de
Jan Kjærstad nous laisse une impression d'impalpabilité, celle du narrateur en revanche nous touche. C'est à travers son regard que nous apprenons à aimer Jonas, à attendre qu'il séduise (sans même lever le petit doigt) les plus belles femmes, à ressentir sa douleur d'avoir perdu sa meilleure amie (une sorte de génie incongrue), à vouloir qu'il envoie paître sa diabolique cousine. C'est un peu comme si Jonas était, au final, notre frère, notre cousin, un oncle, notre ami de toujours (cela dépend du moment de vie qui est exposé dans tel ou tel chapitre ou paragraphe).

Ce roman, qui n'est absolument pas un polar, est, aucun doute n'est parmi, l’œuvre d'un virtuose de l'écriture. C'est un grand roman car nous savons que lorsque la dernière page aura été tournée, nous nous sentirons vides et orphelins, sachant pertinemment que nous trouverons les autres livres fades et insipides. De plus,
Le Séducteur expose des faits, des conclusions qui nous amènent à réfléchir à notre propre parcours d'être humain.

Grâce à ce bouquin, nous pouvons donc affirmer que... Non, nous allons vous laisser l'honneur de le découvrir par vous même en lisant ce bouquin majeure de la Littérature contemporaine, qu'elle soit norvégienne, ou pas.  

 

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