JOYCE CAROL OATES Valet de pique

12 Jun 2017

Quelques mois après la sortie, aux éditions Philippe Rey, de son roman Sacrifice, Joyce Carol Oates revient, avec un thriller, brillant. Valet De Pique est une descente aux enfers magistrale, implacable.

Andrew J Rush est écrivain. Si les ventes de ses romans n'atteignent pas celles de Stephen King, il fait parti des gros vendeurs de polars. Parallèlement, dans le plus grand secret de tous, y compris de sa famille, il écrit d'autres romans, plus noirs, plus féroces, plus malsains, sous le pseudonyme de Valet De Pique. Un jour, Andrew est accusé de plagiat par une excentrique du village voisin. Dès lors commence sa descente aux enfers.

Si le speech est assez convenu, évoquant même parfois le Vue imprenable sur jardin secret (Fenêtre secrète au cinéma) de
Stephen King, justement, Joyce Carol Oates mène son intrigue de façon originale, captivante.

L'écriture d'
Oates est à proprement parlé magnétique. Nos yeux sont rivés au papier et nous sommes dans l'incapacité de nous détacher de l'histoire dans laquelle les fantômes du passé sont aussi présents que le double maléfique de l'auteur Rush. Les tourbillons créés par l'attaque pour plagiat sonnent terriblement justes, et nous font nous dire que, scribouillards que nous sommes, nous n'aimerions jamais nous retrouver dans pareille situation.

Cet élément perturbateur, grain de sable dans une vie sans surprise, met le feu au poudre. La déchéance commence. Graduellement, l'écriture d
'Oates devient paranoïaque, angoissée. Nous voyons disparaître le personnage principal au profit néfaste de son double. Pourtant, la folie d'Andrew J Rush n'est pas surjouée. Nous voyons les rouages psychologique du personnage se dégripper devant nous, petit à petit, alors qu'ils devaient être présent, en sommeil, depuis les douze ans de celui-ci.

Mais le grain de sable, comme toujours...

Notre souffle se précipite au fur et à mesure de l'avancée de l'intrigue. Nous ne pouvons plus attendre la fin, et, chose peu courante, nous allons lire le tout dernier paragraphe de
Valet De Pique pour savoir ce qui nous attend. Oui, nous sommes coupable d'avoir voulu connaître le dénouement de l'intrigue avant d'avoir tout lu, mais, manque de chance, le tout dernier paragraphe reste assez flou pour nous dire « retournez de là d'où vous venez et lisez chaque page pour comprendre où vous mène ces dernières lignes ». Et c'est tant mieux, car l'histoire continue à se dévoiler, révélant le traumatisme non cicatrisé de l'auteur Rush.

Souvent, les auteurs de thriller en font des tonnes pour appuyer la psychologie de leurs personnages.
Joyce Carol Oates, elle, délivre les informations au compte-goutte, n'entre jamais dans la surenchère, joue sur les non-dits et sur notre capacité à interpréter ses mots pour mieux faire grandir les protagonistes de son roman.

De la même façon, nous retrouvons chez elle cette écriture au cordeau, aux mots judicieusement choisis, au rythme lancinant, comme si nous regardions un film au ralenti alors qu'il devrait passer en accéléré. L'auteure sait s'y prendre pour attiser notre envie. En maîtrisant le rythme, elle maîtrise le temps, elle maîtrise aussi nos émotions. Elle nous prouve encore une fois toute l'étendue de son art et
Valet de Pique ne se lâche pas, de la première à la dernière page.

Le point final de l'intrigue, chute magnifique, nous permet de sortir du livre sans regrets, car tout est dit. Mais nous attendons son prochain roman avec une (très) grande impatience pour une nouvelle fois nous délecter des facéties littéraires de cette immense Auteure.

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