PERCOLATOR Sestra

12 Jun 2017

 

Une stridence...

 

Une stridence vrillant les tympans, imposant une forme de malaise, oppressante, désarçonnante.

 

Elle est là, elle le sera toujours, tapie derrière des arrangements parfois électro, parfois pop, parfois planants, parfois plus rock. Elle ressurgira, comme ça, sans prévenir, au détour d'une ritournelle obsédante, détruisant consciencieusement l'édifice musical préalablement édifié.

En guise de préambule,
Sestra, de Percolator, brouille les pistes, impose cette impression de danger, d'urgence. Nous y entrons à reculons, mais.. Quand survient la pulsation rythmique, lourde, sur ses synthés et programmations bruitistes, une bouffée d'oxygène nous surprend.

 

Paradoxe.

Il s'agit d'une vraie batterie, pas d'une batterie électronique, et ce son analogique nous rassure au milieu de cette musique industrielle, paranoïaque. Cette introduction, joliment appelée
Spülmaschine nous attire, irrémédiablement, comme si nous voulions nous cramer ce qui nous reste d'âme avec le métal chauffé à blanc.

Que peut bien nous offrir
Percolator, groupe à la croisé du Krautrock et d'une certaine idée du rock anglais (inspiré entre autre par My Bloody Valentine) ? Dès le deuxième morceau, grand écart. Ca démarre comme de l'électro pop, notamment en évoquant un groupe comme celui des islandais de Mùm. Voix féminine, synthés scintillants de mille strass, c'est léger, ressemble presque à une comptine. Nous nous croyons à l'abri, hors de portée de ce grincement anxiogène.

Mais les stridences n'étaient pas loin, elles ressurgissent en fin de morceau, plus vites que leur ombre, plus machiavéliques dans leur soif de destruction. Les machines (re)prennent le pouvoir : où diable est
Sarah Connor ?

Puis les morceaux s'enchaînent et nous rejouent le truc, alternant accalmies lors de longues plages de pop lysergique dont les voix, mixées au loin, sonnent comme la  résurgence d'un rêve encore accroché à nos paupière. La formule « classique » basse guitare batterie claviers s'appuie sur quelques fragrances électroniques, et sur des zones bruitistes, presque décousues, dont le sens, s'il nous échappe dans ses petites lignes, nous installe dans un climat d'anxiété et de mise en éveille permanente.

 

Efficace.

La production fait parfois ressortir quelques notes chaudes qui nous sortent d'un shoegaze annihilant toute volonté d'être, d'avoir, signe d'une production originale, jusqu'au boutiste. Les arrangements sont pointus, piquent autant qu'ils caressent.

 

Sans concession.

Sestra est un album prenant, intrigant, trippant, original et paradoxale, expérimentale. Il s'avère extrêmement exigeant, et déroutant, mais il se révèle pourtant virtuose dans l'art de trousser des mélodies accrocheuses, entêtantes, ensorcelantes.

 

Ce qui souffle ici, c'est le parfum d'une liberté totale, comme une métaphore du monde qui est le notre aujourd'hui, aussi magnifiquement sublime qu'il peut-être horriblement dévasté. Sestra est un de ces albums pour public averti, pour ceux qui croyaient que tout avait été dit.

Ce qui n'était visiblement pas le cas. 

 

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