LOUISIANE C. DOR Les méduses ont-elles sommeil ?

30 Aug 2017

 

Échapper à sa vie, partir à Paris, changer d'horizon, devenir adulte. Et puis disparaître, aimer cela, devenir quelqu'un d'autre, oublier de se nourrir, s'oublier jusqu'à en mourir, peut-être. Mais ce n'est guère important, rien ne l'est d'ailleurs, ce qu'il faut, c'est planer, un instant, une seconde, une vie, sous l'attrait de la blanche, de Marie.

 

MDMA, cocaïne. Duo sulfureux, tentateur, aguicheur, destructeur. Hélène y tombe comme par hasard, en arrivant chez sa cousine, et tout de suite c'est l'amour fou. La désinhibition commence, Hélène s'invente des âges, un avenir qui la fait rêver, et elle se laisse happer par le tourbillon des nuits parisiennes, tourbillon sans fin, fait de lumières et de musique.

 

Du moins le perçoit-elle de cette façon, aveuglée par les étoiles des cristaux et de Marie, son amante sans qui elle ne peut ni sortir, ni même, le croit-elle, exister. Marie, c'est la MDMA, celle qui fait crisser des dents, rend les yeux caves tandis que elle repousse éternellement un sommeil pourtant bienfaiteur.

 

Perte de poids, perte de repères, perte des illusions et de sa personnalité, la vie d'Hélène s'efface derrière le masque d'une fille faussement cool qui n'existe que pour les fêtes, les soirées, dans des bars miteux, des caves où les zombies se trémoussent, défoncés, hors de la réalité.

 

Les méduses ont-elles sommeil ? Se demande Hélène. Il s'agit également du titre du bouquin de Louisiane C. Dor (folio 6294), tiré d'expériences vécues par l'auteure. Si l'écriture est aérienne, poétique, désincarnée, effet de style généré par l'accoutumance aux substances qui déshumanisent l'héroïne, d'une fluidité sans failles, nous nous laissons porter dans ce flot d'aventures chimiques, comme si nous faisions partie d'Hélène, que nous étions un proche, si tant est que la proximité complice avec une camée puisse être possible.

 

En 81 pages, la trajectoire de cette adulescente (contraction adulte/adolescente) nous apparaît dans sa crudité la plus totale. Elle se détruit, inexorablement, aime ça, jusqu'à ce qu'elle prenne conscience de sa déchéance, de ce qu'elle n'a plus goût à rien. Pourtant, il n'y a là aucune morale, aucun prêche antidrogue, car Les Méduses Ont-Elles Sommeil ? relatent simplement des faits, tels qu'ils sont ou ont été vécu.

 

À la fin, nous avons un goût amer, stagnant sur nos muqueuses, dans notre bouche, acide. Et puis, c'est si court, nous en aurions voulu plus. Mais pour son premier roman, Louisiane C.Dor nous séduit par une écriture enchanteressement diabolique, qui, comme les drogues dont elle parle, nous hante et demande que nous y retournions. Ce que nous ne manquerons définitivement pas de faire dès son prochain roman.

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