THE EXPERIMENTAL TROPIC BLUES BAND Spit n Split

6 Sep 2017

Il y a des albums énervés, d'autres sereins, des albums touchés par la grâce, et d'autres par la folie. Certains sont féroces, d'autres dociles, ou tout noir ou tout blanc, élégiaques ou bien démoniaques. Il y a des albums que nous aimons, d'autres que nous détestons, y en a même que nous adorons détestés (ou pire que nous détestons aimer, mais de ceux-là jamais vous ne nous entendrez en parler, la faute à cette honte sans nom qui nous habite).

 

Et puis, il y a les albums qui ne rentrent dans aucune case, ou dans toutes, nous ne savons plus trop. Ces albums nous retournent, nous bousculent, font vaciller nos certitudes, notamment celles qui nous disent qu'un album doit être homogène, avec deux ou trois titres forts, avec une cohérence et un fil conducteur bien tracés.

 

Dans le cas de Spit n' split, dernier album en date du trio liégeois The Experimental Tropic Blues Band, nous sommes dans un univers à la fois merveilleux et rugueux, un univers ou la beauté sensuelle d'une musique « à la » Ennio Morricone se trouve harcelé par un cri animal, viscéral couplé à une musique rudimentaire.

 

Spit n' Split est bicéphale et nous propose des morceaux posés, avec parfois un dose d'humour, où le savoir faire mélodique des trois compères nous rétame. Si des titres pourraient aisément figurer dans un Tarantino, d'autres sont propices à une bonne beach party, avec feu de camp, rhum et tout le nécessaire pour réussir une bonne fête.

 

Un peu plus loin, sur l'album, surgit une basse distordue, marque de fabrique du groupe tant elle est reconnaissable, une batterie primitive et une gratte aux cordes en fusion. Une voix frapadingue se pose dessus et font que la beach party s'envole, effrayée par tant d'énergie brute, presque impossible à canaliser.

 

C'est âpre, violent, rugueux, mais ça transpire un blues cradingue jouissif. Dans ces moments là, nous pourrions penser à un John Lee Hooker qui se serait fait à moitié bouffé par un chien enragé et qui essayerait d'expulser le mal en le vomissant par les entrailles de sa six cordes.

 

Alors, nous direz-vous, cet album est-il homogène ? Et bien pas du tout, et en même temps il l'est totalement. Les morceaux se suivent, ne se ressemblent pas (nous notons même la présence d'un morceau électro qui n'a, à priori, absolument rien à faire ici), et nous perdent dans un labyrinthe sonore extrême.

 

Et en même temps, presque paradoxalement, il est terriblement homogène car l'identité du groupe est là, présente, indéfectiblement boulonné à son idée qui doit être, nous le présumons : « rien à foutre que ça plaise ou pas, nous , on fait ce que nous aimons et fuck !  »

Certes, le groupe le dirait peut-être un peu différemment, mais nous sommes sûr que nous avons résumé là la substance même de leur mentalité.

 

Sur scène, le groupe dégage cette même énergie viscérale, avec une modestie non feinte le rendant immédiatement sympathique. Sur disque, il ne perde rien de ce mojo, de cette folie sans limites, sans se renier, et nous, nous aimons cela ! Ce disque exigeant demande à ce que nous l'écoutions encore et encore, mais le jeu en vaut la chandelle car, une fois apprivoisée, la bête sais se faire douce et captivante. Oui oui, même dans ces moments où le rock pur et brute du trio envoie tout valser, nos tympans en prime.

 

Spit n' split ou l'immanquable ovni musical de la rentrée.

 

 

 

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