GORAN BREGOVIC Three letters from sarajevo

15 Nov 2017

 

Il faut bien l'avouer, quand nous avons reçu Three Letters From Sarajevo, de Goran Bregovic,  nous étions plus que dubitatifs. Les musiques dites de l'est ne sont pas réellement ce que nous affectionnons.

Pourtant, il faut bien avouer, avec le recul nécessaire et l'intime conviction que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis, que cet album est loin d'être mauvais. Au contraire, nous l'avons d'autant plus apprécié que nous partions avec l'idée que nous n'aimerions pas. Vous nous suivez ?

Pourquoi cet album fait-il mouche? Il faut reconnaître que nous craignions un joyeux foutoir, un bazar dans lequel s’empilerait cuivres et voix criardes dans une langue qui nous est peu familière. Bien que les orchestrations, très portées sur les cuivres, ont tendance à nous taper sur le système, d'ordinaire, dans le cas de
Three letters... une énergie rock se dégage à l'écoute de cette lettre ouverte de Bregovic à sa ville natale.

Le morceau qui entame l'album sonne très très tzigane, avec cette musique terrienne, pour ne pas dire paysanne, avec ses polyphonies pittoresques un chouia irritantes, le second se veut une pièce presque classique, pas loin d'une valse, posée, harmonieuse, profonde émotionnellement parlant, aérienne, enchanteresse. Parfait contrepoint et une première très bonne surprise.

Mais
Bregovic, vieux routard qu'il est, ne s'arrête pas à ce coup de génie. Et bim !Deuxième surprise ! Un chant en espagnol sur refrain catchy et énergie vindicative nous porte dans une pop intelligente, à la fois dansante et irrésistible, qui se grave en nous dès la première écoute. La ligne de chant est imparable et la musique, qu'un tuba imprègne de basse, sonne très occidentale.

Troisième surprise,
Rachid Taha fait partie de l'aventure, sur deux morceaux, en arabe, avec une énergie là aussi plutôt rentre dedans, sans pour autant négliger la finesse.  Nous notons également la présence d'Asaf Avidan qui chante sur un titre, comme une grand mère Serbe ou Croate.

Passées ces surprises de fort bon goût, nous essayons de décrypter cette musique se passant d'électricité, mais qui, mine de rien, dégage ce parfum rock que nous aimons tant. Il nous faut quand même transposer celui-ci dans un univers plus ancien, plus générationnel, mais les riffs sont là, joués par des instruments dont la fonction est bien souvent accompagnatrice par chez nous.

Bien sur, il y a de la guitare. Elle est manouche, il y a de la pompe, mais elle est présente, porte ses mélodies aux services d'une émotion festive, d'un amour déclaré à la ville de
Saravejo. Les violons sont également de la partie, provoquant, si notre cœur n'est pas bien accroché, quelques fuites lacrymale (sur Christian Letter notamment, magnifiquement tragique).

Les chants sont ancestraux eux aussi. Notamment sur
Made In Bosnia, mais, avouons-le aussi, le côté foutraque de ceux-ci nous plaît un peu moins. Qu'importe car, finalement, neuf des onze titres nous transportent dans une région du globe dont nous ne connaissions que très mal la musique, la faute à des préjugés que nous pouvons qualifier de merdiques.

Comme quoi, nous grandissons tous les jours un peu plus. Grâce à
Goran Bregovic, dont le nom nous revenait aux oreilles régulièrement, comme celui de Kusturica d'ailleurs, nous écouterons désormais ces musiques sans à priori négatifs, même si, nous le savons déjà, peu d'artistes ont la classe de ce musicien dont la renommée n'était plus à faire (et cela, nous le savions déjà).

Nous ne pouvons que vous conseiller d'entrer dans cet univers musical avec cet album qui s'avère plutôt très accessible, dans le bon sens du terme. En vous laissant entraîner par
Bregovic dans cette ville tragiquement célèbre, c'est votre âme que vous sauverez de la bêtise des guerres ethniques.

 

Ça vaut le coup, vous ne pensez pas ?  
 

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