PIERRE BORDAGE Tout sur le zéro

10 Dec 2017

Pierre Bordage fait partie des incontournables de la science-fiction à la française. Lauréat de nombreux prix dans cette catégorie, auteur de plus d'une quarantaine de roman, d'autant de nouvelles, sa renommée n'est plus à faire. Pourtant, avec Tout sur le zéro, parut aux Éditions Au Diable Vauvert, c'est un roman plus réaliste que nous offre l'auteur.

Tout sur le zéro, c'est l'histoire de Blaise, Paul, Héloïse, Charlène, Isabelle, plus quelques seconds rôles, et leur rapport au jeu de hasard, qui nous est conté. En effet, tous ses joueurs invétérés de casino dévoilent leurs secrets, leurs blessures et leur addiction à la roulette.

De prime abord, le sujet peut paraître un peu particulier, et nous craignons, d'emblée, une succession de situations répétitives, comme le principe même de ce jeu le suggère. Mais dès les premières lignes, nous sommes happés par le style
Bordage. Dans ce roman étonnant, l'auteur n'utilise, en gros, qu'une quarantaine de point, comme (presque) autant de chapitres à son roman.

Résultat : une succession de virgules au sein d'un même chapitre qui rendent la lecture vertigineuse, oppressante, haletante, stressante, comme si nous étions aspirés dans une spirale infernale, celle du vice lié au jeu. Ce que ressentent les protagonistes du roman y est décrit avec précision, nous amenant à nous poser la question de savoir si l'auteur, lui-même, ne s'est pas un jour laissé enrôler dans la folie de cette bille blanche aux trajectoires aléatoires (enfin, à ce qu'il paraît).

Le rythme est donc échevelé car, dès que nous commençons un chapitre, nous n'avons d'autres choix que de le terminer, en nous immisçant dans les pensées les plus intimes des héros du bouquin, en découvrant leurs peurs, leurs joies, les raisons qui les poussent à sans cesse rejouer leurs gains, jusqu'à finir, fatalement mais inexorablement, perdants.

Ici, il n'y a pas d'espoir. Dès que les pieds foulent le sol du casino, les joueurs/héros savent qu'ils vont perdre, pourtant, l'adrénaline, l'excitation les gagne, les rend fébriles, comme peuvent l'être tous les accrocs à la drogue, à la boisson.

Ils ont tous des raisons de jouer, qui pour rompre avec la monotonie d'une vie sans surprise, qui pour vaincre la douleur d'un deuil, qui pour ressentir à nouveau des sentiments. Pourtant, ils peuvent être sauvés, s'ils le veulent, mais le désirent-ils réellement ?

C'est avec brio que
Pierre Bordage étudie tous ces mécanismes de l'addiction. Si la peur de la répétition nous tiraillait au début du roman,le romancier fait preuve d'imagination tout au long de son livre pour renouveler les situations et son vocabulaire, en proposant une évolution et une gradation constante des termes liés à la dépendance et au vertige du jeu. C'est sûrement à cela que nous reconnaissons son talent.

Avec
Tout Sur le Zéro, il ne propose pas de solutions à proprement parler, mais en expose malgré tout une (que nous ne dévoilerons pas, lisez donc le bouquin). Ce livre est implacable, désespéré, même si à son terme, une lueur existe, salvatrice si tant est que nous la saisissions. Le monde n'est pas manichéen, il est fait de multiples nuances : la roulette en est son reflet.

À vous de choisir le bon numéro.  

 

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