SHULEM DEEN Celui qui va vers elle ne revient pas

15 Jan 2018

Parce que, finalement, la vie, c'est quoi ?

Si nous approchons de la question par la face métaphysique, la réponse pourrait être celle-ci : la quête de soi.

Mais qu'en est-il si nous sommes conditionnés, depuis notre plus tendre enfance, à un mode de pensée si restreinte que l'idée même de « métaphysique» nous soit inconnue ?

Imaginez : votre monde est construit, depuis toujours, sur une idée unique, vous n'avez pas accès à la technologie, même pour les choses les plus basiques et simples, et vous ne fréquentez que des gens ayant la même éducation, le même environnement que vous. Oui, un peu dans l'esprit d'une secte en gros. Du coup, la question revient : c'est quoi la vie ?

Dans
Celui Qui Va Vers Elle Ne Revient Pas, aux Éditions Globe, Shulem Deen revient sur son existence passée au sein de la communauté Skver, communauté ultra-orthodoxe juive, dont il se fera bannir pour hérésie, perdant petit à petit sa femme et ses cinq enfants.


De son entrée dans cette communauté fermée, aux nombreux interdits, jusqu'à sa perte de foi, l'auteur revient sur son parcours et son éveil à la vie. Son récit nous plonge dans les affres d'un sectarisme ultra-religieux, d'un monde sans âge, replié sur lui-même, où les obligations édictées par la Torah et le Talmud façonnent la vie de chaque occupant du quartier de New Square.

Lentement, comme par érosion, la foi, aveugle, perd de sa force puis, progressivement, disparaît, conduisant
Shulem Deen à se poser question sur qui il est, sur ce qu'il désire, tout en voulant au mieux respecter son épouse et ses enfants. Tiraillée entre ses envies et ses devoir, l'existence de Shulem devient un piège qui ne dit pas son nom. Survient alors son exclusion, pour hérésie, conduisant à la perte de sa famille.

Ce récit est touchant, édifiant, poignant, car il relate l'histoire d'un homme qui prend conscience de ses envies, de lui-même. Écrit avec sobriété, comprendre sans pathos, sans effet de styles pompeux, sans colère, de façon honnête (même si l'auteur reconnaît aisément que la vision de sa femme donnerait un tout autre aperçu de cette existence morne et pieuse),
Celui qui va vers elle ne revient pas dégage une vérité universelle, celle qui dit qu'il vaut mieux s'ouvrir aux autres que de rester replié sur soi-même.

Pourtant, pas un seul instant, l'auteur ne cherche à rejeter la faute de son « hérésie » sur la religion juive, il ne s'agit donc pas d'un livre de propagande, d'un livre « anti » quelque chose (anti-juif, anti-religion), mais plutôt d'un livre  pro-liberté, liberté individuelle de choisir son culte, ses croyances, mais plus encore celle de choisir la vie qu'il nous plaît de mener.

 

Il nous conduit dès lors à nous demander si nous sommes prédestinés à suivre la voie que l'on a choisie pour nous ou si nous pouvons nous en émanciper ? Il questionne aussi sur les responsabilités d'un tel choix, sur les risques, sur ce que nous pouvons gagner à tout remettre en question.

Avec courage,
Shulem Deen a pu sortir de ce monde qui ne lui convenait pas. Avec courage il résiste à cette vie sans ses enfants. Avec courage il continue d'avancer. Ce livre est le récit de ce courage, de cette volonté farouche de vivre pleinement son existence, sans amertume, sans regret.

Parce que, finalement, la vie est courte.

Si courte...

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