ROBERT PENN WARREN Tous les hommes du roi

12 Feb 2018

Comment enchaîner après une telle lecture ?

Comment même écrire une chronique quand, en l'espace de 600 pages, vous avez côtoyé ce que la finesse du verbe a de plus pure ?

Paru dans sa collection « 
Les grands animaux » rééditant ce que, faute de mieux, nous appellerons des chefs-d’œuvre, les Éditions Monsieur Toussaint Louverure nous propose un livre magistral, Tous les hommes du roi, de Robert Penn Warren.

 

À l'image de son écrin, ce roman est tout simplement majestueux.

Jack Burden est journaliste. Pour les besoins d'un article, il est amené à rencontrer Willie Stark. Celui-ci, fils d'un paysan, veut dénoncer l'attribution douteuse de la construction d'une école. Hélas, il n'est pas entendu et celle-ci se fait, accumulant les malfaçons qui conduiront à la mort de plusieurs écoliers. Auréolé de crédibilité, Willie Stark gravira les échelons jusqu'à vouloir devenir Sénateur. Jack Burden sera témoin de son évolution, lui qui sera son bras droit tout au long de cette ascension où violences et magouilles sont courantes.

Tous les hommes du roi, c'est l'histoire d'un homme et de son évolution, sur les révélations qui le conduisent à la sagesse, sur la nature humaine, sur la condition qui est la nôtre. Si le personnage de Willie Stark est bien évidemment mis en avant, c'est celui de Jack qui est véritablement le centre du roman. Nous le suivons, dans l'ombre, en proie à ses propres atermoiements, à ses propres doutes et déchirures, lui qui se dit sans ambition, sans intelligence particulière, et qui finalement cristallise toutes les attentions, tous les paradoxes de l'être humain.

Brillamment construit, ce roman est un machiavélique piège dont nous ne voulons absolument pas ressortir tant le plaisir de lecture est présent, à l'état pur. Le style de
Robert Penn Warren est épique, majestueux, époustouflant, d'une richesse folle, alternant langage courant, familier, lors de dialogues criants de vérité, avant de passer dans de brèves descriptions flamboyantes, au style soutenu et poétique. Odeurs, couleurs, textures, tout y est, ainsi que des comparaisons nous laissant parfois bouche bée.

L'écriture de
Robert Penn Warren est toute en nuances certes, mais également en ramifications, ce qui le pousse notamment à creuser très loin la psychologie des personnages principaux. Ainsi, au fil du récit de sa vie, Jack Burden  entame des digressions intimes ou historiques, pour nous expliquer une attitude du « Boss », par exemple. Tout cela tend à rendre réel, concret, chaque personnage, amenant à faire croire à un roman biographique par moments. Du coup, nous nous attachons plus que de raison à ces personnages « vivants ».

 

Implacable.

Ce roman parle de la vie... La vie qui passe, qui coule par elle-même et qui est si palpable dans chacune des lignes de cet ouvrage. Il relate l'histoire d'une vie, de ses moments forts, de ceux de désespérance, de l'amour aussi. Nous sentons que l'auteur aime ses personnages, et nous nous y attachons comme s'ils faisaient partie de notre quotidien.
Tous les hommes du roi est un livre sur la vie, sur l'amour, sur l'amitié, sur la loyauté, d'où sont absents tout manichéisme, tout pathos et tout mauvais effets.

Nous ne voulons pas trop en dire sur ce livre qu'il convient à tout amoureux des belles-lettres de posséder. Nous ajouterons uniquement que, parfois, des chefs-d’œuvre ignorés reviennent à la vie par la volonté de gens passionnés. C'est ici le cas avec ce roman, nous l'affirmons une nouvelle fois, magistral.

 

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