F.BEIGBEDER Une vie sans fin

19 Feb 2018

 

 Et alors que F. Beigbeder semblait revenir à de réelles velléités littéraires, en laissant sur le chemin le plus grand de ses défauts, à savoir son nombrilisme forcené, nous étions plus qu'impatients de le découvrir à l'orée de ses cinquante printemps.

 

L'homme, l'écrivain s'est-il assagi, s'est-il enfin résolu à envisager son existence sous de nouveaux "hospices", foulant alors de nouvelles terres ? 

 

Cet adorateur de l'auto-destruction, de l'auto-fiction peut-il trouver en ses propres mots, sa  rédemption ?

 

Qui peut vraiment savoir....

 

 

 

 

 

 

 

 

F. Beigbeder n'échappe pas à la règle. Il vieillit, s'interroge, et se trimballe une cohorte de questions qui devient anxiogène. Pourtant autour de lui la vie s'ébroue : un nouvel amour, un nouvel enfant, un nouveau bouquin qui croit sous ses doigts, servant de prétexte à terrasser ses inquiétudes de polichinelle. Tel un Don Quichotte qui aurait gobé un peu trop de papier buvard, l'auteur décide de partir à la rencontre des plus grands généticiens que compte la planète, d'envisager de la manière la plus sérieuse possible, l'inenvisageable: tuer la mort.

 

Repousser cette fatale issue coûte que coûte (à la limite du pléonasme, vu les pratiques tarifées de ces cliniques évidemment privées), s'intéresser à toutes ces nouvelles technologies qui conditionnent le devenir de l'espèce humaine entre séquençage d'Adn, régime Saldmann, congélation de cellules souches, thérapie génique par injection de facteurs Yamanaka, du nom du prix Nobel de médecine, impression d'organes en 3D, transfusion de sang frais et jeune à la manière d'une comtesse Bathory qui abuserait des joujoux hautement technologiques, qu'offre ce troisième millénaire.

 

Sous couvert de se balader à travers le monde, l'auteur nous livre ses angoisses, ses rêves les plus fous, tout en parlant de lui, un peu, beaucoup, comme toujours, entraînant ses filles dans ses aventures pittoresques. Unique point d'ancrage à sa propre réalité, à sa version 2.0 de sa condition d'homo erectus. Virevoltant, haletant, meurtrissant à l'extrême ces idées éminemment décousues, il effleure ce qui nous étreint tous, nous les hommes, si proches de la cinquantaine : la vie, la mort, celle de nos cellules, nos cheveux éparses, nos rictus imbéciles et indolents, un repas sans gluten, nos descendants, le sport, la picole, ce putain de bide qui progresse de jour en jour, nos héros morts et enterrés, les souvenirs, pour ceux d'entre nous qui échapperont à Alzheimer.

Le sel de cette existence décidemment surannée que rien ne peut endiguer.

A part peut-être la Mort ?

 

A bien y réfléchir que ferions-nous de cette éternité si chèrement acquise, que serions-nous dans une trentaine de décades, à quoi pourrions-nous décemment ressembler ? Au final, cette humanité ne nous échapperait-elle pas ? En effet comme l'auteur aime à le rappeler, et alors que les sur-centenaires se multiplient comme des petits pains aux quatre coin du monde, quelle spiritualité pourrions-nous alors nous accorder ? Imaginons que cette bien belle société, qui repose sur ce système de croyance judéo-chrétienne qui est le nôtre, se retrouverait noyée, engloutie sous ce déluge de pensées toutes plus cyborgs les unes que les autres, tandis que nos esprits ragaillardis se nourriraient de ce coucher de soleil.

Sans fin. Sans faim.

 

Alors oui ce livre de F. Beigbeder n'est pas le meilleur.

tout au long de ces quelques trois cents quarante sept pages, le barbu cinquantenaire a cette fâcheuse tendance d'avoir les fesses qui balancent entre deux envies: celle de continuer à faire ce qu'il fait de mieux, c'est à dire de l'autofiction putative, mais tellement désinvolte qu'elle en devient salvatrice ; ou cette envie légitime d'aborder les limites de notre existence. Malheureusement, l'utilisation laborieuse, abusive d'une terminologie génétique, technique, propédeutique, tic-tic, nous force à régurgiter bruyamment ce qui, nous semblait pourtant être une excellente idée de livre.

Dommage...

 

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