WILLIAM GIRALDI Le corps du héros

23 Mar 2018

 

Une photographie intrigante, un titre énigmatique, une quatrième de couverture qui ne l’est pas moins, ces premières lignes qui surprennent et nous voilà  happés.

 

Une autofiction comme nous les aimons, sans fioritures, ni effets de langue alambiqués, du style, des citations littéraires habilement agencées, une histoire.

 

Ou plutôt une vie, celle de l’auteur, cadenassée entre les membres hautement masculins de sa famille, son amour de la littérature et en filigrane son père, son absence…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est l’histoire de William Giraldi, sa vie, son œuvre, sa famille, ses amours déçus, c’est l’histoire de toute une vie, disséquée, analysée, philosophée en un peu moins de trois cents pages à dévorer. Oui ce livre se dévore, il ne se lit pas, il ne se range pas sur l’étagère, en espérant un créneau malhabile, une insomnie, une grippe bienvenue. L’auteur se raconte, mais outre son histoire personnelle que nous pourrions habilement élevée au rang de légende.

 

Muscles.        

Tout commence bêtement par un adolescent malade, malade à en mourir, trimbalant son sac d’os, jusqu’à cet ultime rencontre avec des haltères, de la fonte à soulever, un oncle complice et ce fameux déclic qui pousse à se lancer à corps perdu, dans une quête physique tout autant que spirituelle. Toute la première partie du livre est axée autour de cette singularité : oui le body-building peut-être une quête, au delà de l’esthétisme, un art, une philosophie, une raison de vivre.

 

Puisqu’à bien y réfléchir un body-builder va tendre toute son énergie, sa volonté, sa force psychique vers un but unique : tordre ses muscles afin de sculpter cette masse harmonieuse, parfaitement équilibrée, loin des poncifs imbéciles, accédant alors à ce qui rapproche le plus de la définition d’un héros, cet être mi-homme, mi-dieu qui incarne alors la perfection. De dopage en régimes alimentaires inhumains, de compétitions  à un arrêt aussi brutal que définitif.

 

 

Littérature.

Autant WG n’avait eu aucun mal à jouir de cette aura bourrée de testostérone, auprès des mâles de sa propre famille, autant poursuivre des études, lire qui plus est de la poésie, de la littérature, commencer à écrire maladroitement, mais surement relevait tout simplement de la trahison. Les mains de ces bâtisseurs élevés au maïs, sont à la fois ce qui détermine leur identité tout autant qu’elles les emprisonnent dans cet horizon aux barreaux indéboulonnables.

 

Pour qu’elles puissent écrire, tenir des livres en respect, découvrir des auteurs et nourrir WG de cette vérité qui est sienne, l’éloignement sera la solution tandis que son père, enfin libéré des dettes contractées, d’une vie exsangue de plaisir, seul pour élever ses trois enfants, retourne à ses premières amours : la moto. La moto comme liberté enfin retrouvée, un point d’horizon, une ligne de fuite, une courbe appréhendée parfaitement chaque dimanche matin, avec aux fesses de cette machine d’acier qui vrombit, une horde d’amis motards lancée à ses trousses. Ressentir les aspérités de l’asphalte afin de sentir l’adrénaline se répandre enfin dans les veines.

 

Mort.

Chicane mal négociée, sortie de route dont l’issue dévastatrice va cadencer ce livre en une quête forcement irréaliste, qui n’est d’ailleurs pas sans nous rappeler, les affres de James Ellroy quand celui-ci perdit sa mère violemment. WG n’échappe pas à la règle, à travers la mort de son père, ce sont ses rapports ambigus avec lui qu’il revisite, entre culpabilité et rédemption boursouflée, il interroge la difficile filiation entre deux êtres qui s’aiment maladroitement et qui ne se disent pas les choses tant que le temps est un allié. Aussi bizarrement qu’il puisse y paraître, et alors que l’auteur s’interroge sur la mort de ce père, hélas bien réelle, il mesure au fil des pages, que ce destin tragique bouleverse non seulement son statut de fils, celui d’homme et celui de père, mais aussi d’écrivain en devenir.

 

WG nous ballade d’une histoire à l’autre, nous rappelant alors la vacuité de l’existence; les univers s’effondrent tandis que d’autres naissent, que les pages, malgré tout se tournent. Toutefois, dans ce maelstrom qu'est la vie, l'auteur peut compter sur ses héros  qui le veillent et le protègent, guidant ses pas comme au premier jour ou presque.

Héroïque ? Peut-être…

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