DOMINIQUE MAISONS Tout le monde aime Bruce Willis

3 Apr 2018

Qu'est-ce qui nous attire autant, comme tant de nos contemporains, dans les lectures de thrillers ? Est-ce le machiavélisme de leurs auteurs, toujours aptes à imaginer les crimes les plus sordides ? Est-ce au contraire l'excitation qu'ils nous procurent lorsque, promenés sur un jeu de piste bien souvent macabre, nous découvrons la clef de l'énigme à la fin du bouquin (ou quelques pages, et c'est là le plus jouissif, avant qu'elle ne nous soit révélée) ? Peut-être est-ce aussi, à travers un suspense plus ou bien moins mené, le regard que les auteurs portent sur notre société, sur ces déviances, ces failles, qui nous éclaire sur la vie qu'est la nôtre.

Dans le cas de ce
Tout le monde aime Bruce Willis, de Dominique Maisons (aux Éditions de La Martinière), nous sommes propulsés sous le soleil de la Californie, dans la cité des anges, dans le microcosme hollywoodien. Nous y suivons le parcours de Rose Century, fille d'un magnat du burger, étoile montante du cinéma de divertissement après être passée par la case Disney.

Ce monde de requins, de producteurs libidineux, d'agents artistiques manipulateurs, couplé à une vie familiale désastreuse, pousse la jeune femme à tous les écarts de conduite possibles. Le dernier, la conduisant à un geste suicidaire, la contraindra à vivre un enfer psychiatrique qui la transformera et qui éclairera les zones d'ombre de son passé.

Nous n'en révélons pas plus afin de ne pas dévoiler les secrets de l'intrigue. Si nous retrouvons un thème que nous connaissions à Dominique Maisons (à travers un des ses précédents livre, le
Psychopompe, thriller macabre et fantastique, ou le beau côtoie la laideur la plus crue), à savoir, dans un certain sens, la quête identitaire, où se place l'âme et où se placent le corps et nos désirs, nous voyageons avec Tout le monde aime Bruce Willis dans un univers fortement ancré dans la réalité, celle des violences faites aux femmes.

Le nom d'
Harvey Weinstein est bien sûr évoqué, explicitement, mais aussi implicitement via l'imaginaire de l'auteur, de façon totalement crédible. Cette crédibilité ne fait que rendre l'énigme plus angoissante, mais également révoltante. Bien évidemment, sans cette écriture dynamique, sans fioritures exagérées (donc en contradiction avec le monde de paillettes hollywoodien), Dominique Maisons nous enchaîne à son histoire. Impossible pour nous de nous détacher de son roman avant de l'avoir fini.

La psychologie des personnages est bien fouillée, l'évolution de son héroïne est elle aussi plus que crédible à la vue des horreurs dont elle est victime. Si nous sentions venir le dénouement de ce conte tragique, Maisons ne nous déçoit cependant pas, grâce notamment à sa petite pirouette finale.

Vous l'aurez compris, le plaisir de lecture et à la hauteur du talent de son auteur.
Tout le monde aime Bruce Willis gratte le vernis d'une société qui va mal. Mais son héroïne, femme indépendante, forte, trouvant une force insoupçonnée cachée au fond d'elle-même, nous montre que le sexe soit-disant faible possède bien plus de ressources que nous le soupçonnions. Cette héroïne moderne nous démontre également que les femmes font preuve de bien plus de courage au quotidien que n'importe quel crétin doté d'un pénis.

Si cela n'est pas une nouveauté, le répéter encore et encore fera sans doute en sorte que cet état de fait disparaisse une bonne fois pour toutes.

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