L'ARTISTE AU COUTEAU Irvin Welsh

11 Apr 2018

 

Irvin Welsh avec la précision d'une truelle, nous livre son dernier bouquin, sur l'un des personnages phares de Trainspotting, l'infâme tout autant que fameux Begbie, clé énigmatique de cette bande de doux dingues qui fit son succès.

 

Rappelons alors, que s'il ne sculpte pas ses veines à l'aide d'une seringue, Franck se défonce à l'adrénaline, version violence gratuite, distribution de mandales en rafale.

 

Mais ça c'était avant, avant qu'Irvin Welsh, en décide autrement dans cet étonnant roman aux vertus curatives. Oui vous avez bien lu...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Irvin Welsh nous prend d'emblée à contrepied, tordant nos jugements comme un pitbull s'amuserait d'un chaton. Il choisit de nous présenter, dans la première partie du livre le Begbie, que nous ne connaissons pas. Amoureux, père, artiste, un être lumineux, dont les ailes fraichement déployées lui confèrent cette aura qui macule ces premiers mots, ces premières phrases, ce tempo aux vertus rédemptrices. Nous n'en croyons pas nos yeux, mais pourtant nous en savourons chaque instant, comme si de manière insidieuse, nous savions pertinemment que cet aparté ne saurait durer.

 

Au fur et à mesure des pages, ce petit grain de sable, s'insinue entre les lignes, il sollicite notre cortex et en tâche de fond, nos neurones s'entrechoquent, s'activent, guettant cet instant où toute cette mascarade, volera en tessons de bouteilles. C'est la mort crapuleuse de son fils ainé, qui le fait quitter sa Californie angélique pour s'enfoncer dans les bas fonds de l'Ecosse, marchant alors surs ses propres traces, celles de sa réputation hélas toujours intacte.

 

Un à un, les fantômes de son passé se mettent en marche, n'hésitant pas à pousser, tirer, manipuler, vilipender ce Franck Begbie, qu'ils ne connaissent que trop bien, du moins leur semblent-ils. Bizarrement, et malgré les tentations, FB réussit à garder le contrôle de sa respiration, de ses actes, repoussant l'inéluctable, du moins jusqu'aux dernières pages de ce livre hautement addictif.

 

Le final pourtant d’une rare violence, s’il nous libère de cette tension, devenue au fil des pages, invivable, nous entrave à la fois. En effet, Begbie, en convoquant ses propres démons, invoque les nôtres et nous renvoie alors à notre propre singularité, notre propre rédemption ?

 

Et c’est peut-être bien en cela que réside tout le talent d’Irvin Welsh, à savoir nous faire aimer un personnage exécrable dont la promiscuité pourtant nous devient familière …

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