ÉRIC DOIDY Buried alive in the blues, l'histoire du blues-rock américain

24 Apr 2018

 

Le blues.

 

Cette musique issue de la culture des opprimés, des noirs Américains, était un moyen de rendre l'invivable plus supportable. À travers le chant, la musique, le rythme, ces hommes et ces femmes victimes de la ségrégation, du racisme à l'époque banal et ordinaire, s'évadaient de leur condition.

S'il fut remis à l'ordre du jour grâce à l'aide de jeunes Britanniques (
Beatles et Stones en tête), le blues, musique de parias en son propre pays, continua pourtant d'exister, de se transformer et d'évoluer, passant à l'électricité et devenant ainsi le blues-rock. Avec Buried alive in the Blues, l'histoire du blues-rock Américain (aux Éditions Le mot et le reste), Éric Doidy revient sur son histoire.

À peu de chose près,
Éric Doidy emboîte le pas à Alan Lomax. Comme ce dernier, Éric Doidy est passionné, chercheur, sociologue. Il retrace l'évolution du blues-rock à partir des années 60 (en gros) à nos jours. Qui dit ouvrage de passionné sous-entend parfois pénible à lire, ce qui n'est pas le cas dans ce Buried Alive in The Blues (certes bourré de références et dates qui parfois en ralentissent un peu la lecture, néanmoins elles apparaissent nécessaire notamment quand l'auteur compare des évolutions musicales en parallèle suivant les lieux géographiques où elles se produisent).

Dans ce bouquin, outre les « légendes » du blues « traditionnel » (telles
Muddy Waters, Robert Johnson, John Lee Hooker, BB King, Willie Dixon...), nous retrouvons toute leur descendance (de Charlie Musselwhite à Johnny Winter, en passant par Elvin Bishop, Stevie Ray Vaughan , Buddy GuyDerek Trucks...).  Tous ceux-ci ont le blues dans la peau, le feu au bout des 6 cordes de leurs guitares, mais surtout ont appris cette musique au contact des premiers.

Parce que la virtuosité seule ne fait pas le son blues, comme le décrit bien
Éric Doidy. Certains ont vu dans la surenchère technique le point de fuite de cette musique, mais en ont oublié l'essence. Ces grands noms cités ci-dessus, blancs de peau comme noirs, ont appris dans les bars, dans les jukes-point, sur scène, avec patience, avec respect, avec résolution, auprès de magiques aînés aussi bien professeurs qu'élèves.

Buried Alive..., nous montre également que cet art a résisté à toutes les vagues musicales grâce à la transmission des aînés, grâce à l'envie d'apprendre des plus jeunes, mais qu'aujourd'hui il se meurt, inexorablement, à mesure que s'éteignent avec lui ses plus prestigieux représentants. Cette mort est également le fait de l'industrie musicale qui ne voulait voir en cette musique que des chiffres de vente, pas un bagage culturel fort devant se transmettre de façon spontanée.

Pourtant, l'esprit demeure, contre vents et marées et de jeunes pousses s'y frottent avec application. L'essence perdure, continue à se transmettre et voit de plus en plus de femmes reprendre le flambeau. Peut-être, si nous nous référons aux mouvements
Metoo et consorts, que ces dames ressentent ce que vivaient les populations maltraitées du début du vingtième siècle, leur donnant une légitimité accrue et pertinente.

Si le blues-rock s'est souvent trouvé bousculé, il a toujours survécu. Tant que des hommes et femmes se sentiront spoliés de leur droits, ils continueront à le chanter, à le jouer. Cette musique ne s'éteindra jamais, mais connaître ses origines permet de mieux la comprendre, de mieux comprendre ceux qui la joue et qui perpétue son histoire. Ce que restitue parfaitement ce bouquin.

 

 

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