RENCONTRE D'ARLES Clap de fin

25 Sep 2018

Vite, vite, avant que les portes ne se referment sur une édition exceptionnelle: des thèmes porteurs, des photographes de renom, des lieux d'exposition aux architectures iconoclastes, des surprises dont l'impact fut vertigineux, des déceptions moindres, des hall d'exposition en pleine mutation ( les forges et la fondation Luma ), un soleil vif, un éclairage qui ne le fut pas moins.

 

Tout vous saurez tout, ou presque sur cette édition 2018, en dévorant notre sélection qui sur ce week-end de clôture s'avéra salutaire, drôle, troublante, excitante, poétique, divertissante, pittoresque voire par instants, abracadabrante.

 

Espace Van Gogh

 

 

Les stars, Depardon, Robert Franck côtoient alors des talents plus confidentiels, Altwood pour ne pas la citer, tandis que les ramifications avec l'art contemporain se font jour (Gilbert & George, Apex, Pipilotti). Ce sont elles justement, qui réunies sous la même bannière étoilé, nous ont fait grande impression et nous ont permis de rentrer dans cette édition 2018.

 

Le travail de Robert Franck , nous a permis de comprendre une chose essentielle : la photographie n'est pas que technique, assemblage putassié de lumière, de scénographie, elle peut-être aussi, instinctive. RF, tout au long de cette exposition, nous démontre qu'une photo floue, surexposée, ou sous-exposée, au cadrage approximatif, au grain discutable peut s'avérer, Magnifique ?

 

C'est en sautant d'un continent à l'autre, comme d'autres jouent à la marelle, que RF se cherche et se trouve, il sculpte le monde à grands coups d'objectif. Le temps passe, les paysages défilent, régénérant, fortifiant sa vision du monde qui se bonifie au fur et à mesure des rencontres; sa photographie se met à vivre. Son travail n'est pas sans rappeler bon nombre de ses congénères, à l'instar d'un Kerouac, d'un Faulkner ou même d'un Depardon, pour lesquels le voyage est essentiel.

 

A ce titre, il nous semble d'ailleurs que la série "les américains" est celle qui est la plus aboutie: traversée de part en part, les Amériques se dévoilent. De clichés pris à la volée en instantanés réfléchis, c'est le portrait de toute la société américaine qui s'affiche, comme autant de points d'achoppement qui attisent encore en 2018, nos regards médusés.

 

Au premier étage de ce bâtiment, Raymond Depardon prend le relais, pour une série de photographies, plus récentes, mais dont la dialectique sous-jacente se recoupe avec celle de RF: les Etats-Unis offrent à Depardon un formidable terrain de jeu, une liberté de travail, qu'il ne trouve pas ailleurs. Se servant de sa vie comme d'un roadbook, il va lui aussi shooter la diversité de ce pays, épinglant au passage, ses paradoxes et ses contraintes.

 

Partant du contexte foisonnant de la fin des années soixante, il va s'attarder sur l'énergie américaine, celle de ses citoyens dont les conflits idéaux, politiques ou sociétaux, secouèrent le pays: l'affaire Nixon, la guerre du Vietnam, l'assassinat des frères Kennedy, celui de Martin Luther King, durant laquelle la société américaine ne cesse de vaciller sur ses fondements.

 

Puis dans une dernière partie de voyage, assurément initiatique, il finira par recentrer son propos sur cette terre de paradoxe: une série de photos tournée autour de la grosse pomme et de son gigantisme tonitruant, architectures éparses, populations bigarrées, en passant par des stations essence au fin fond du Colorado qui semblent abandonnées, tandis que la série des badlands fait la part belle aux étendues sauvages, mythiques, iconographiques, dont l'horizon se confond alors avec ses lignes de fuite tant recherchées.

 

Au chaos et à la fureur de cette vie américaine succède alors le calme, la sérénité. Séculaire.

 

Palais de l’archevêché

 

 

 

Changement de décor, puisque pour reprendre nos esprits, souffler, rigoler. Oui vous avez bien lu cette exposition de Wegman (l'affiche 2018 des rencontres d'Arles 2018, c'est lui), a cet effet cathartique sur le public, qui ne manque aucune occasion de se gausser franchement, de commenter allègrement les photos décalées, au poil diront certains, qui font de ces braques de Weimar de véritable personnages aux regards perçants, aux traits humains ?

 

Et si, à travers la multiplicité de ses compositions loufoques, Wegman ne cherchait-il pas à nous faire prendre conscience de nos pires travers, de nos propres errances ou amusements ? Comme un pied de nez artistique, que nous nous ferions à nous mêmes ? Au travers de ces photos hautes en couleurs, à l'impact saisissant de vérité, nous nous apercevons bizarrement, c'est de Nous dont nous nous moquons : Nous en stars loufoques, en cosmonautes, en femmes de ménage, Nous prenant une pose imbécile, faisant des cabrioles, Nous encore refusant de vieillir, alors que Nous avons tant aimé cette folle période du Polaroid, Nous qui ...

 

Wouf, wouf !

 

Cloître Saint Trophisme

 

En revanche nous passerons très vite sur l'exposition de Sailor  qui a l'avantage de nous faire découvrir le cloître, mais dont l'exposition ne réussit pas à nous convaincre même si le thème, les faux semblants dans la photographie et donc par ricochets dans la vie, nous laissait augurer de bien meilleurs auspices. 

 

 Nous quittons cet espace chargé d'histoire, sans savoir alors que nous nous dirigeons allègrement vers cette exposition de Jan Evelyn Atwood Joan Colom qui va nous cueillir, au delà de ce que nous pouvions en attendre, en espérer. 

 

Croisière

 

 

Il faut avouer que nous nourrissions un certain nombre de craintes, tant cette thématique de la prostitution a souvent été traitée de manière racoleuse, sans faux jeux de mots, ne servant que de prétexte à un déferlement d'images violentes, sales, provocantes. Sans intérêt. 

 

Pour accueillir cette exposition il fallait un écrin qui puisse, dès les premiers instants, capter l'essence même de ces séries ; une maison abandonnée, des papiers peints arrachés, des fils électriques dénudés, des sols détruits, une souffrance architecturale qui donne le ton. D'un coté la série de photos d'Atwood, au tout petit format, noir et blanc, sous cadre blanc, pour des images crues, mais qui respecte la pudeur de ces transsexuels aux corps en pleine mutation.

 

En face dans un format beaucoup plus grand et en couleurs, les prostituées de Barcelone exposent au grand jour leurs formes aguichantes, cette misère colorée, déguisée que les touristes masculins semblent tant apprécier. Le quartier du Barrio Chino répond à Pigalle, puisque sur les pavés battent pourtant les mêmes talons aiguilles, les mêmes rouge à lèvres exagérés, les mêmes rêves, les mêmes déchéances.

 

D'un accord tacite, et malgré les années qui séparent ces deux séries photographiques, de part et d'autre se pose sur ces anges cabossés, un regard troublant (aimant ? ) qui nous rappelle alors que derrière ces oripeaux de façade, se terrent des êtres humains qui comme tout à chacun, comme nous, aspire à un idéal. De corps. De beauté. De vie ?

 

Désarçonnant.

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