CHRONIQUES D'UNE SURVIVANTE Catherine Bertrand

30 Sep 2018

 

 

Entre bd et journal intime, Catherine Bertrand qui a survécu au bataclan, nous livre ses état d’âme, elle qui n’est affectée QUE d’un état de stress post traumatique (espt), blessure pourtant bien connue des vétérans de toutes guerres. 

 

C’est par le crayon, forcément noir, tantôt naïf ou figuratif, qu’elle décide de se raconter, de croquer ce quotidien qui, sous la forme d’un énorme boulet à trainer, la dévore peu à peu.

 

Inutile de raconter ce que fut le Bataclan, pour toute la population française, la presse, les médias, le traumatisme ressenti en cette soirée de novembre 2015.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Imaginez seulement la difficulté qui peut exister à être prise au sérieux lorsqu’en apparence il n’y a aucune séquelle physique à exhiber : pas d’artère sectionnée,  d’impacts de balle à renflouer, ni de membres amputés. Rien.

 

Après l’euphorie passagère d’être une warriore, le mal insidieux, aux ramifications pernicieuses s’installe durablement. Les premiers symptômes ne tardent pas à se manifester : doutes existentiels, culpabilité féroce, nuits forcément écourtées, crises d’angoisse, irritabilité extrême, concentration de poisson rouge, sentiment de persécution, de paranoïa, qui ira même dans le cas de Catherine Bertrand jusqu’aux hallucinations auditives. 

 

Sous les traits d’un énormissime boulet qu’elle traine et qui ne cesse d’enfler, CB explique son quotidien ; les mots qui lui manquent, le corps médical impuissant à traiter la singularité de ces symptômes, les amis aux mots malheureux, les collègues embêtés, le travail devenu inutile, sclérosant, come un miroir à sa propre déchéance nerveuse. Le temps passe mais n’arrange rien, bien au contraire. Le sentiment de se noyer dans sa propre existence, son propre silence, se fait à chaque instant, plus insistant.

 

Les sorties en extérieur, deviennent cauchemardesques : le bruit, la foule, le métro, une moto qui pétarade, tout est source de panique, d’enfermement psychologique, comme si  cette nuit d’épouvante se répétait inlassablement, au fin fond de son cortex cérébral. Penser devient un enfer, dormir ne se fait plus qu’à grands coups d’anxiolytiques, la distance avec les autres s’installe, le bunker devient le rêve, la camisole une nécessité. 

 

Enfin, il y a ce jour où une psychiatre rompue à ce genre de séquelles permet d’envisager une sortie honorable : « il faut être égoïste » lui dit-elle, comme un mantra libérateur que dorénavant Catherine Bertrand s’efforce de suivre. A la lettre.

 

CB ne cache rien de ses peines, ni de ses tracas et le fait malgré tout, avec beaucoup d’humour, livrant sans fard, les combats absurdes qu’elle doit chaque jour affronter. Entre colère et tristesse, exaspération et abattement, folie et survie, elle dresse un récit empli de pudeur, de justesse dont chaque situation, chaque dessin, nous permet de cerner un peu mieux, la bêtise extrême de ce 13 novembre 2015.

 

Ce n’était qu’un concert de rock  des Eagles of Death Metal,  qu’une soirée parmi tant d’autres …

Life for Paris, Life forever !

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