TOUT LE BLEU DU CIEL Melissa Da Costa

11 Mar 2019

 

C'est l'histoire d'un jeune homme Émile atteint d'un Alzheimer à un âge où d'ordinaire :

on se chamaille, on se trompe, on se quitte, on se rabiboche sur l'oreiller, on fait un enfant, on déploie ses ailes envers et contre tous, affichant un amour cranant, incommensurable. Inhumain.

 

C'est l'histoire de deux jeunes gens cabossés qui vont, malgré leurs failles, entrevoir une lumière au bout de la route que ce camping-car voudra bien leur faire prendre.

 

C'est l'histoire d’Émile et Joanne qui...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment faire face à l'impensable, l'inimaginable, l'insondable alors que les premiers troubles déjà sont apparus et qu'il n'existe aucun remède, aucun miracle, aucun espoir ? Devant le regard insistant de ses proches, pourtant bienveillant, Émile décide de prendre le large, de s'enfuir, de les fuir, de se fuir, pour vivre pleinement ce qui lui reste de sa maigre existence, à savoir deux plus ou moins longues années. Conscient de son état, il décide toutefois avant de se lancer sur les routes, de ne pas partir seul, mais accompagné de celui ou celle qui voudra bien répondre à cette annonce farfelue: recherche compagnon pour ultime escapade...

 

c'est Joanne qui répond, qui accourt pour échapper elle aussi à un sort funeste, qu'elle mettra des mois à avouer à son nouvel ami de jeu, qui pour l'instant, il faut bien l'avouer, n'est qu'un étranger pataud, parfois inculte, qui au fil du temps sera de plus en plus malade, absent. Mais pour l'instant ce ne sont que deux jeunes gens pétris d'aventure qui se jettent dans une existence qu'ils découvrent au jour le jour, entre balades montagneuses, rencontres fortuites, amitiés volontaires et hasardeuses qui, contre toute attente, vont leur permettre de se construire des liens fragiles, mais des liens.

 

Les journées passent puis les mois et les saisons, les choix se font et se défont à mesure que la maladie progresse. Elle les pousse à se réinventer, à inventer une liberté commune qui n'en est pas vraiment une, lorsque l'hospitalisation menace de prendre le pas sur l'aventure de ces deux vies piétinées. C'est un chassé-croisé perpétuel auquel se livrent les deux protagonistes, un huit clos muet qui ne leur permet pas de faire taire leur chagrin, un amour défunt pour Émile, la perte d'un enfant pour Joanne, des sentiments amoureux dont les plaies peinent à se refermer.

 

A y regarder de plus près la maladie d'Alzheimer n'est qu'un prétexte imbécile à une histoire d'amour improbable, hésitante, qui nait entre deux inconnus mus par la force d'un voyage à quatre roues. Cahin-caha, ils finissent par cheminer ensemble, par s'aimer tant que la mémoire d'Émile le permet,  tant que  Joanne trouve en elle la force de l'accompagner dans ce petit coin de montagne qui pourtant, ne saura plus  les protéger. Ni lui. Ni elle. Ni l'enfant.

 

Au final, car il en faut bien un, ce premier roman est écrit avec beaucoup d'intelligence, nous avons particulièrement apprécié les chapitres qui se télescopent et permettent alors à la narration de rebondir, distribuant les cartes de la cohérence textuelle, à l'intérieur d'un foutoir savamment organisé. En revanche Tout le bleu du ciel n'échappe pas la règle des premières fois, et même si la fin nous semble un peu trop évidente, un peu trop girly à notre gout, il nous semble tout aussi évident que nous reparlerons rapidement de Melissa da Costa...  avec ou sans camping-car.

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