THOMAS GUNZIG Feel Good

1 Sep 2019

 

Quand Thomas Gunzig sort un nouveau livre, évidement, forcément nous sommes sur les rangs, habitués que nous sommes, au style de cet écrivain belge que nous qualifierions d’alambiqué et de jouissif à la fois.

 

Or une fois n’est pas coutume, et même si ce Feel Good ressemble à du TG, il en a une toute autre saveur, une toute autre dimension.

 

Et si l’auteur s’était fait prendre à son propre piège ?

 

Pas faux...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Écrivant comme à son habitude autour d’un pitch improbable : Alice vendeuse de chaussures, mère célibataire qui se retrouve au chômage à l’aube de ses quarante cinq ans ne trouve rien de mieux pour arrondir ses fins de mois que de kidnapper un enfant de riche que personne ne réclame. Au passage, elle rançonne Tom par erreur, écrivain maladroit qui ne tarde pas à lui proposer d’écrire un livre sur sa vie à elle et d’en tirer toute la quintessence c’est à dire de réaliser un best-seller incontournable.

 

Dès les premières pages, même si le style de Thomas Gunzig est respecté à la lettre, de situations abracadabrantes en rebondissements rocambolesques, se trame rapidement une atmosphère inaccoutumée, qui en filigrane s’inscrit durablement et que nous ne lui connaissions pas. Noire, sociale, âpre. Au fur et à mesure que les phrases, les chapitres s’enchaînent, les personnages principaux s’épaississent, ils se drapent d’une aura dramatique qui nous pousse, mot après mot, à entrevoir l’histoire qui se cache derrière l’histoire.

 

Il n’est alors plus question ici de légèreté, de faribole, il nous semble même que ce drame social profite à Thomas Gunzig. Son écriture est autre. Tout y passe ou presque, la difficulté d’écrire, les plans sordides pour boucler les fins de mois, l’amour, l’usure du temps sur le couple, les origines sociales si prégnantes, étouffantes, ce que Pierre Bourdieu nommait si justement l’habitus corpus, cette impression de se noyer ou plutôt de suffoquer lorsque le travail disparaît, que l’amour s’enfuit à toute vitesse au petit matin. Il exulte, virevolte, décrit avec une justesse que nous ne lui connaissions pas, toutes les vicissitudes que peut connaître l’être humain au cours de son existence; tout ce que peut et doit supporter Alice.

 

Alice arrive à puiser en elle une énergie, certes teintée de désespoir, dont le matériau accumulé durant près d’un demi-siècle de vie lui permettra, de redistribuer les propres cartes de son existence. S’assurer enfin un avenir, une identité, une reconnaissance, ne plus subir son existence. Elle se la réapproprie. Chaque page écrite, chaque chapitre couché sur le papier devient un reflet dont la lumière éclaircit la grotte sordide dans laquelle elle s’était murée . Elle-même.

 

Déjà la fin du livre arrive. Elle nous surprend et nous émeut à la fois ; ne faisant qu’accentuer alors un peu plus le sentiment d’avoir lu un grand livre de Thomas Gunzig. Aussi incongrue que puisse  paraître cette idée, il nous semble qu’i y aura dorénavant un avant Feel Good et un après.

 

Un après que nous guettons d’ores et déjà avec impatience. Non. Avec avidité.

 

 

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