TOM WOOD Mères, filles, sœurs

7 Sep 2019

 

S’inspirant d’une tradition photographique datant du début du siècle, Tom Wood shoote ces mères, ces filles, ces sœurs dont l’apparent lien de filiation n’est pourtant qu’un prétexte à une œuvre bien plus grande.

 

Entre 1970 et 1990, le photographe accumule les clichés, comme un collectionneur acharné, passionné. Il nous livre les rues maternelles de Liverpool, celles de New Brighton, dans ce contexte social difficile.

 

Pourtant, c'est la vie en technicolor qu’il nous offre, entre ébahissement et contemplation…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a ces photos en noir et blanc, ces couleurs, ces visages, ces âges, tous, il y a cette femme émancipée, cette cigarette à la bouche, à la main, proche de l’enfant, ce cendrier qui dégueule, il y a ces bras remplis d’amour, qui eux aussi, dégoulinent de cette attention farouche, que prodiguent ces mères, ces sœurs, ces grandes ; il y a ces briques rouges, ou noires, qui étreignent cette vie qui semble se nourrir de ces couches-culottes bon marché, de ces poussettes-caddies, il y a les yeux bleus de cet enfant qui perce les nuages, les détritus qui jonchent le sol, tandis qu’en arrière-plan, la mer se dessine, et que le port, fourbi de vaisseaux fantômes, trace les contours de cette existence rude au ciel sombre.

White trash.

 

Il y a le regard de ces combattantes, qui transperce ces coupes de cheveux obsolètes, ces survêtements démodés, ces boucles d’oreilles gigantesques, que les générations de femme semblent s’échanger. Les visages sont marqués, âpres, ils percent le papier, l'impriment comme l’acier le ferait, comme la lame percerait cette pellicule si fine, qu’elle ploie, se dénature à loisir. Chaque cliché pris, ne nous raconte pas une histoire, mais des dizaines d’histoires, parfois sordides, assurément cruelles, éminemment marquantes qui crispent les couleurs, lorsqu’il y en a, figent les sourires lorsqu'ils existent, dessinent cette ligne d’horizon qui se brise sur le pavé de ces cités ouvrières.

Technicolor.

 

Et puis il y a ce temps assassin, qui d'un visage à l'autre, signifie à ces femmes, ces sœurs, ces mères, que la filiation naturelle affine chaque sillon, chaque bouche, chaque corps, chaque empreinte, chaque regard aussi, qu'il en sculpte toute la texture, la richesse, qu'il en confirme toute la substance. La cruauté. La fatalité. Le désespoir. Parfois.

 

Mais à bien y regarder de plus près, c’est tout le travail empathique de Tom Wood qui nous saute au visage ; aiguisant notre regard, à la seule force de ses prises de vue ( sans compromission ni misérabilisme superfétatoire), qui nous permettent  de saisir toute la brillance d'une époque révolue.

 

Beau et triste à la fois...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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