50 èmes Rencontres Photographiques d'Arles

26 Sep 2019

Nous n'avons pu résister au plaisir coupable, de nous rendre en Arles afin de couvrir cet événement majeur de la photo en France, alors que flotte sur cette édition, la disparition prématurée de Robert Franck, dont la rétro l'an passé  en lieu et même place, nous avait subjugué.

 

Notre petite liste en poche, nous avions d'ores et déjà repéré ce qui nous excitait les neurones, entre légèreté, gravité, beauté,  interrogation ou surprise. C'est aussi cela Arles : se laisser porter. Ou non. 

 

Maison des peintres

 

 

Maison des peintres qui aurait dû, pour l'occasion être rebaptisée "la maison de Lee Shulman", puisque du sol au plafond, les pièces de vie de cette maison, meublées au gout des années 50, 60,  reconstituent fidèlement cette série de diapositives, home.

 

Par le biais de vidéo-projecteurs habiles, nous sommes plongés dans une ambiance dont la nostalgie évidente, nous fait découvrir ces tranches de vie, parfois cocasses, souvent insolites comme autant de souvenirs qui émaillent notre quotidien. Les pièces s'enchaînent, cuisine, chambre, garage, ayant chacune sa thématique, renforcée, encensée par une décoration époustouflante de réalisme, à l'ambiance si caractéristique.

 

Au fur et à mesure de notre progression, les plus sceptiques d'entre nous, se laissent cueillir, les sourires fusent, les regards complices aussi, tout ce petit monde est conquis par le travail du commissaire d'exposition qui a su rendre ce moment unique. Dans cet écrin, ces diapositives de parfaits inconnus, ne le sont plus, elles deviennent familières et nous rappellent alors que la maison est un style de vie. Elle est la vie ? 

 

Palais de l’archevêché

 

 

Changement de lieu, d'époque pour l'exposition la plus rock'n roll qu'il nous ait été donné de voir. Ici ce sont les années 80 qui questionnent l’œil, par le biais de la musique, des arts plastiques. Un collectif d'artistes, la Movida, se déchaîne tous azimuts, innove, crée autant d'images loufoques que de styles musicaux peuvent en éclabousser ces années folles . Rock, punk, new wave, metal, mods, glam, tout y passe ou presque.

 

L'émulation est au carrefour de ce collectif qui décide de bousculer les codes et d'investir alors tous les champs disciplinaires ou presque, pulvérisant par la même, les carcans, les habitudes, se consumant par instants ou se régénérant au contact de cette jeunesse fougueuse. Madrid, Londres, Paris, toutes ces grandes capitales semblent résonner au même son, aux mêmes looks, aux mêmes provocations, aux mêmes drogues et dont les clichés, choquent encore à ce jour, les visiteurs.

 

La série exposée par Alberto Garcia Alix et de A. Garcia Alix, est à ce titre grinçante, glaçante de vérité. Fort heureusement, un peu plus loin, en toute féminité, Ouka Leele, explose nos rétines, de mille couleurs, affichant un graphisme insolent qui confère à ces photographies toute la modernité qui sied à ce début de troisième millénaire.

 

Une belle surprise qui aura su galvaniser nos appétits, nous rappelant au passage, s'il en était besoin qu'être rock est avant tout un état d’esprit, synonyme de liberté, de créativité, malgré les morts ? 

 

Espace Van Gogh

 

 

Incroyable relecture de l'oeuvre d'Helen Levitt, qui n'aura cessé de faire des photographies toute sa vie, débutant à une époque ou peu de femmes étaient enclines à le faire, c'est-à-dire avant la seconde guerre mondiale, devenant par la suite une des pionnières des clichés en couleur, au cours des années 70, 80. Son crédo ? Capter l'essence de la rue. Elle y inscrit sur la pellicule la vie qui s'ébroue, notamment dans les quartiers pauvres de New York où elle excelle. Elle emprisonne les jeux des enfants, elle cadre leurs marelles, leurs déguisements, leurs cabrioles et s'en émeut. Au détour d'un visage de femme, d'une robe, c'est toute  la condition féminine qu'elle immortalise ; qu'elle stigmatise.

 

C'est une époque qu'elle capture, le signe d'un temps révolu et moderne à la fois. Rarement des clichés auront sonné si justes, témoignant d'une acuité, d'un regard à la lisière de l'ethnographie, soulignant, les affres de l'existence, les rituels, les rides comme les sourires éparses. Hurlants de vérité ?

 


Au premier étage, d'autres femmes engagées, d'autres photographes, au beau milieu d'une époque contestataire, celle des années 70, lorsque le féminisme montrait le poing autant que le dernier rouge à lèvres à la mode. Nous avons été impressionnés notamment par la série de clichés de Susan Meiselas, intitulée Carnival Strippers, qui au delà de l'esthétisme des photos et de leur qualité indéniable, affiche un regard bienveillant sur ces femmes itinérantes, ces strip-teaseuses, qui de foire en foire, exhortent le chaland à les rejoindre pour le spectacle.

 

 

Elle photographie l'envers du décor, la réalité, les enfants, l'avortement, les rêves de cette vie bancale qui s'annonce, le sourire imposé de ces femmes qui attendent fébrilement derrière le rideau, leur tour pour se dénuder. Nues et offertes, mais le sont-elles vraiment ?

 

Cette réflexion nous a poursuivi lorsque nous avons découvert le travail d'Evangelina Kranioti à la chapelle St Martin du Méjan. La série Exotica, Erotica, etc. notamment nous interpelle quant aux relations que peuvent entretenir les marins, les prostitués et qui malgré le fait de consentir à des rapports facturés, cherchent l'amour de port en port, à n'importe quel tarif, tordant ainsi nos idées reçues. Le corps. La solitude. L'attachement. Le prix d'une humanité ?

 

Pendant ce temps à l'église Saint Anne Libuse Jarcovjakova, nous émascule. Elle offre à nos yeux interdits des clichés qui nous saisissent, des clichés bien souvent flous, évoquant des situations dont le glauque nous sidère, nous frappe; les corps exposés ne sont pas beaux, les sexes sont flasques, les chairs pendent, l'ensemble est cru. Par instants indigeste. Pourtant nous ressortons, sonnés, abasourdis, son travail nous bouscule : elle joue sur les dimensions, faisant alors résonner un impact visuel qui nous apparaît alors sans fard, ni distorsion. Vierge. Comme au premier jour ? 

 

On aime ou pas. C'est Arles... et c'est très bien comme ça.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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