LOST Claude Dussez / Quentin Mouron

27 Dec 2019

 

C'est avant tout, la rencontre entre un photographe Claude Dussez, un écrivain, poète à ses heures, Quentin Mouron.

 

Tous deux partagent cet amour de ces grands espaces abandonnés, perdus, d'une partie de la côte ouest des USA ;  une terre de désolation,  des paysages qui vous coupent le souffle et vous glacent les sangs à la fois.

 

Ce Lost ne se lit pas, il se déguste ou se dévore ... c'est au choix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au delà, du grain de la photographie, puisque c'est de cela qu'il s'agit, d'un livre superbe de clichés noir et blanc,  il y a surtout cet œil inquisiteur, oui mais pas trop, ce regard perçant mais juste à la fois, qui stigmatise ce détail sur la calanque de cette Impala, ce panneau de signalisation désormais obsolète, cette contre-plongée vertigineuse, ce ciel noir, chargé à la fois de toute la beauté de l'ouest des États-Unis d’Amérique et de toute la dramaturgie de la condition humaine.

 

Ses paysages sont hiératiques, fantomatiques, ubuesques parfois, ils nous rappellent  immanquablement la voix de  Tom Waits. Ils évoquent en nous la route 66, mythique et terriblement cruelle. Au détour, d'un vélo rafistolé, d'un garage,  d'un motel abandonné, d'une caravane Airstream agonisante, nous pensons à Slab City, à ces américains qui jonchent parmi les débris de leur existence, non loin de là. Coincés entre les grains de sable et l'oubli.

 

Il y a cet étendard brandi sur toutes ces errances galvaudées, et pourtant assumées, tandis que les mots au fil des clichés, des lieux, se jettent sur la page. Versifiés. Scandés. Soufflés à l'instar d'auteurs  de la beat generation qui de cette empreinte indicible, martèlent ces pages ocres, illuminent ses réflexions hasardeuses et pourtant au refrain épistolaire. Parfois les  mots crus s'invitent, illustrant alors le plaisir de ces hommes et de ces femmes qui jadis, en ces lieux, convoquaient la vie dans tout ce qu'elle a de splendide.

 

Les couleurs s'entrechoquent, les histoires aussi, l'une s'appuyant sur l'autre, cahin-caha. Elles se confrontent au poids de cet héritage, de ces années qui semblent n'en plus finir de s'étirer tandis qu'un objectif malin les ressuscite. Les sublime. les amnistie.

 

Au loin ne subsiste que l'horizon, cette ligne perdue qui semble éparpiller aux quatre vents, cette folie, ce consumérisme imbécile qui  n'en finit pas d'éteindre les enseignes électriques, une à une. Il y a cette tasse de café à jamais refroidie, ces héros oubliés, ces rires désormais étouffés, ces paysages déchiquetés dont  la beauté urticante pourtant, n'échappe ni à ces clichés, ni à ces mots.

 

Il y a ce Lost. Désormais.

 

 

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